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  Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles

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Cécile
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MessageSujet: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Jeu 5 Jan - 16:17

Chapitre 1 : Songes - ci-dessous
Chapitre 2 : Réalités
Chapitre 3 : Piano
Chapitre 4 : Mentor
Chapitre 5 : Héritage
Chapitre 6 : Nuit
Chapitre 7 : Folk
Chapitre 8 : Sœurs
Chapitre 9 : Océan
Chapitre 10 : Contrées
Chapitre 11 : Liens
Chapitre 12 : Attaque
Chapitre 13 : Ancestral




Première Partie

Terres-Mères




Chapitre 1 : Songes
« Saisis-toi de ton glaive
Ne te perds pas en rêves »
Préceptes pour une Feohtaria, I

Mon univers disparaissait en un épais brouillard orangé. Sous mon regard épouvanté et mon cœur martelant ma poitrine, les flammes dévoraient ma ferme, arrachaient des hurlements aux bêtes et décimaient mon clan. Mais elles n’étaient pas notre pire ennemi.
Autour de moi, ma tribu tombait sous les coups des Yfels.

Le brasier illuminait les visages livides et regards vides des morts-vivants transformés par la magie noire. Si certains brandissaient des armes tranchantes, arrachées à leurs victimes, la plupart stoppaient à mains nues les lames de mes amis. Mais pas celle d’une Feohtaria. J’étais, comme mes aïeules avant moi, l’unique Combattante de ma génération.

Inspirant une nouvelle bouffée de courage, je tranchai à une vitesse effrénée la tête des Yfels qui se désagrégèrent en amas de poussière.

Le combat s’achevait sur notre défaite : la plupart de mes frères et sœurs d’armes gisaient à terre, morts ou blessés. À travers mes larmes brouillées, les Yfels massacraient ma famille de leurs torches et de leurs lames. Le souffle me manqua, mon ventre se noua, la douleur figea mes épaules.

Un coup sur le crâne me désorienta quelques secondes. Le pouvoir paralysant des Yfels s'engouffra aussitôt dans la brèche. L'effroi tétanisa mon esprit, serra ma poitrine ; mon épée s’alourdit dans ma main, mes forces m’abandonnèrent. La magie noire achevait son œuvre...

Non ! Je ne me laisserais pas gagner par la peur ! Je lutterais jusqu’à mon dernier souffle et défierais le spectre de la mort qui planait depuis des heures sur le champ de bataille. Les Armées de Wis n’avaient pas encore annihilé tous leurs adversaires. Elles ne m’avaient pas détruite, moi, Dwenya.
Je relevai la tête, furieuse, et mon arme doubla d'ardeur.

Soudain, au sein de la brume, un visage se détacha. Son pouvoir d'Yfel me glaça. D'un tressaillement, je m'en libérai. Son emprise se referma de nouveau sur moi. Immobile au milieu du carnage qui faisait rage entre nous, il dégageait une puissance captivante. Peu à peu émergèrent, à travers la pluie de cendres, la pureté de son expression et la profondeur de son regard. Elles révélaient la présence d’une âme ! Chez un Yfel, c’était impossible !

Ses traits... ils avaient quelque chose... quelque chose... de familier !
Je perdis pied, foudroyée par le bleu nuit de ses yeux coléreux. Son magnétisme irrésistible m’appelait à le rejoindre dans sa grandeur et me perdre dans sa damnation.

Un claquement d’ailes me ramena à la réalité. Une bête massive fondait sur moi.
Dans le ciel rougi par l’incendie et le soleil couchant, une silhouette terrifiante se dessina : un Derk. Un dragon de vingt mètres de long. J’étais sa proie. Mon sang ne fit qu’un tour.

Fléchissant les genoux, j'ancrai mes pieds dans le sol pour y puiser la force de la terre. J’inspirai profondément, emplissant mes poumons de l’air vivifiant. Puis je levai mon visage vers le ciel, pour me connecter à l’énergie de la lumière.  

Mon Bast, l’arme des Feohtarias, vibra dans mes mains. Le long bâton de bois s'illumina et irradia tout mon corps. Je ne fis plus qu’un avec l’instrument. Son énergie subtile monta le long de mes mains, mes bras, mes épaules, pour gagner mon esprit et lui demander quelle forme adopter. Puis elle me traversa jusqu’à mes pieds pour puiser dans la Terre nourricière les éléments nécessaires à sa transformation. Enfin, elle regagna l’arme : sa pointe se métamorphosa alors en une lame métallique.

La bête envahit mon champ de vision tout entier. Ses iris rouges de braise me pétrifièrent, entre ses dents tranchantes siffla sa langue de serpent. Derrière son ventre écaillé, sa queue fourchue fouetta l'air.
Mâchoire serrée, muscles tendus, je ne bougeai pas d'un pouce. Si je fuyais, elle m'embraserait de ses gerbes de feu. De même si je l'attaquais trop tôt. Elle n'ouvrait pas la gueule, elle avait sûrement prévu de me déchiqueter plutôt de ses serres acérées. Aussi devais-je attendre que sa tête m'eût dépassée.

Le Derk poussa un rugissement et frôla mon crâne. Je plongeai sous lui et levai mon Bast.
Celui-ci chercha l’un de ses chakras, seules failles de ces créatures magiques. La lame s’enfonça dans sa chair épaisse jusqu’au cœur. Au même instant, sa griffe lacéra mon dos, de la hanche à la nuque. Ma chair s'embrasa, jusqu'à l'évanouissement. Je m’écroulai dans un écran noir, et, alors que le hurlement de la bête agonisante s’assourdissait, un dernier cri me parvint : « Dwenya ! ».

***

J’ouvris brusquement les yeux.
Sous la surface de l’Atlantique Nord.
L’horreur m’électrisa.

Happée par l'aspiration du paquebot qui sombrait, je coulais tout droit vers le fond de l’océan.
Le froid mordait ma peau et s’insinuait en moi tel un poison engourdissant, mais le manque d’air me brûla les poumons et me poussa à lutter.

J’effectuai de vigoureux mouvements de brasse, mais ils s’avérèrent infructueux. J'allais me noyer !
À la terreur succéda vite une torpeur. Mes membres engourdis cessèrent de s’agiter. Poupée de chiffon, je tombai dans un abîme vide de sensation. Je me vis alors, comme extraite de ma propre enveloppe, suivre l’errance fluide des autres naufragés. Mes longs cheveux noirs dessinaient une danse macabre autour de ma tête, les robes de mousseline valsaient dans  les remous. Nous rejoignions, dans les profondeurs de la nuit et de l’abysse, le bateau qui devait être notre tombeau.

Une douleur me réveilla. Des ongles venaient de se planter dans mon poignet et une force me tirait vers le haut. J’ouvris les paupières. À la vue du ballet funeste des cadavres vaporeux qui dansaient devant moi, la vie habita de nouveau tout mon être. Non, je ne ferais pas partie de ceux-là ! Je repris mes mouvements de brasse, encouragée par la poigne qui m’entraînait loin du gouffre.

J’atteignis vite la surface : l’oxygène qui s'insinua dans mes poumons fut comme une deuxième naissance. Une voix affolée se détacha au milieu d’un brouhaha assourdissant.

— Dany ! Ça va ? Dany, tu m’entends ?

Gwenolé, le visage blême, les lèvres bleues et tremblantes, me secouait. Ses cheveux blonds ne formaient plus qu'un amas sombre plaqué de chaque côté de ses yeux marron.

Mon amie me maintenait à bout de bras hors de l’eau. Je m’extirpai de son étreinte, incapable de parler à travers mes cordes vocales gelées, mes dents qui claquaient et ma respiration haletante.
Gwenolé esquissa un sourire. L'épuisement et l’angoisse déformaient ses traits.

— Tu m’as foutu une de ces trouilles ! Me refais jamais un coup pareil ! Vite, faut dégager de là !
Une immense étendue de visages livides et de bras s’agitant en tous sens nous cernaient. Leurs cris me glacèrent d'effroi. Non ! Il ne fallait pas céder à la panique !

Derrière moi, l’iceberg qui avait causé notre naufrage ; loin, loin devant, les lumières des canaux de sauvetage. Entre eux et nous, des centaines de gens épouvantés et agonisants. Gwenolé traça un chemin à travers les survivants et les cadavres.

Un homme s'accrocha à mes épaules comme à une bouée de sauvetage. Je bus la tasse, le repoussai d'un coup de coude et regagnai la surface. Nous devions nous éloigner au plus vite !

L’eau glacée et l’affolement de la foule ralentissaient notre progression. Tout autour de nous, toujours rien qu’une marée humaine, braillante et gesticulante. Aussi me concentrai-je sur mon guide que je talonnais inlassablement, essayant d’échapper aux mouvements brusques de nos compagnons d’infortune.

Enfin, la nuée se clairsema peu à peu, et, quand nous en fûmes tout à fait dégagées, j’agrippai l’épaule de Gwenolé pour l’arrêter et attrapai une planche de bois qui flottait parmi les débris. Nous encourions moins de risque désormais. Les lumières des canots de sauvetage demeuraient beaucoup trop loin. Nous serions paralysées par le froid et l’épuisement avant de les avoir rejoints. Mon amie lançait des regards noirs aux bateaux qui ne revenaient pas chercher les naufragés.

La colère m’envahit. Je ne devais pas mourir comme ça, ce n’était pas mon heure. Ce n’était d’ailleurs même pas mon époque ! Pour la énième fois, j’avais été envoyée dans le passé pour sauver des vies. Cette fois-ci, nous avions échoué. Des larmes de rage réchauffèrent mes joues transies. Les gouttes devinrent des perles de glace et se noyèrent dans l’océan.

Mon regard chercha le pendentif de Gwenolé dans l'eau. Le cristal demeurait terne, alors qu'il aurait dû s’éclairer avant d'ouvrir une brèche dans l’espace-temps, pour nous ramener à notre époque, une fois notre mission achevée. Mais l'était-elle ? Nous n'avions pu empêcher le naufrage ! Il n’y avait pourtant rien de plus à faire ici désormais. Nous pourrions recommencer si le Fragment de Théia nous renvoyait une seconde fois : nous agirions différemment et peut-être alors...

Le doute m’assaillit. Qu’aurions-nous pu faire d’autre ? Connaître à l’avance le déroulement des événements était notre meilleur allié, sinon le seul. Toutefois, cela s’était avéré inutile pour éviter ce désastre. Moi qui pensais que le savoir pouvait empêcher la folie des Hommes... Mais non, nous les avions prévenus, et ils ne nous avaient pas crues. Ils n'avaient pas voulu.

Je lus mon désarroi dans le regard de Gwenolé. Prenant sa main libre dans la mienne, je les posai sur le cristal bleu, espérant que notre énergie vitale l’active ; et surtout que ce geste apaise mon amie, lui montre que, quoiqu’il arrive, j’étais à ses côtés.

Gwenolé ferma les yeux. Priait-elle ? Ne sachant pas vraiment à qui elle s’adressait, je l’imitai. Baissant mes paupières pour me couper du monde extérieur, je libérai mon esprit de toute pensée négative pour soutenir ma partenaire dans sa quête.

Panique, froid et découragement s’évanouirent. Nous ouvrîmes les yeux en même temps. Nous échangeâmes un pâle sourire et, sereines, nous abandonnâmes à l’attente. Il ne nous restait plus qu’à lutter pour ne pas sombrer dans un sommeil dont nous ne nous réveillerions peut-être pas. Lutter, lutter, lutt...

***

Je m’éveillai en sursaut. L’esprit engourdi. Où étais-je ? Peu à peu, les contours de ma chambre se révélèrent.
La porte laissa aussitôt entrer une tempête de longs cheveux bruns ondulés.

— Dya ! T’as pas entendu ton réveil ? Ça fait dix minutes qu’il sonne !

Je fixai, atterrée, ma colocataire, mettant quelques secondes à réintégrer cet univers.

— Ça va, Dya ? Qu’est-ce qu’il y a ?

La lumière tamisée qui baignait la pièce aux murs rosés trahissait l’heure matinale. J’étais assise dans mon lit, vacillante, agrippant mon coussin comme une bouée de sauvetage.

— Je... J’ai fait un… rêve.
— Et alors ! Tu dis ça comme si c’était la première fois !

Selena disparut de l’embrasure de la porte.

— Mais justement... c’est la première fois que je rêve.


Dernière édition par Cécile le Lun 19 Juin - 10:17, édité 18 fois
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Jiao-Lan
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Lun 9 Jan - 16:32

Je suis assez flattée de voir que certaines de mes petites suggestions ont été retenues tongue
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Cécile
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Lun 9 Jan - 16:47

Very Happy
quant aux autres, elles sont toutes notées dans mon fichier et finiront sûrement par être adoptées, parfois j'ai plus de mal à abandonner certains de mes mots #dramaturge
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Jeu 12 Jan - 21:13

Relecture d'une partie de ce chapitre 1.

Le point majeur à revoir est, durant les scènes d'action, l'intercalation récurrente de passages descriptifs et / ou de cogitation / introspection. Cela dilue le suspense et ralentit le déroulement des scènes, surtout que certaines informations livrées ne sont pas directement indispensables à la compréhension de l'intrigue en cours.
Cela produit aussi un effet sur l'empathie entre lecteur et scène ou lecteur et personnage : une distance finit par se créer, car tu ne laisses pas assez de temps pour visualiser la scène, que tu commences à expliquer et tout passer par le filtre psychologique de la narratrice. Il faut que tu fasses confiance au lecteur durant ces scènes d'action, et que tu mâches beaucoup moins son travail d'interprétation et de compréhension. En voulant le faire, tu complexifies le cadre immédiat, ce qui cause en fait un effet inverse à celui recherché : faire vibrer les tripes du lecteur durant une bonne grosse scène d'action.

Bravo pour la grammaire ; orthographe impeccable ! bounce On sent que tu as pas mal relu et peaufiné !

Je reviendrai pour la dernière partie de ce chapitre 1.


Spoiler:
 
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Cécile
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Ven 13 Jan - 13:19

Sun, merci pour ce gros gros travail que tu as fait sur ce chapitre 1. hug Je ne pourrai jamais te remercier assez. angel

Bien que (ou parce que ?) il ait été maintes fois remanié, il restait encore bancal, apparemment. affraid

J'ai l'impression que tu as trouvé beaucoup plus à y redire que mon prologue du chapitre 2 ? Ce chapitre 1, c'est la toute première chose que j'ai écrite, il y a 8 ans, bien avant le reste du tome 1 et (logique) du tome 2, et on dirait que j'ai évolué depuis, car tes retouches du tome 2 n'étaient pas si nombreuses (ou alors j'étais plus prête à accepter qu'il en fallait encore beaucoup).

Lors du premier jet, il n'y avait quasi que de l'action, et des lecteurs perdus. On m'a beaucoup demandé d'explications, que j'ai rajoutées, mal, obviously. Tout ce que tu m'as suggéré d'enlever ou modifier, ce sont des choses ajoutées au fil des années. A se demander si c'est bien de retravailler son texte finalement Mad

Bref, tes remarques m'ont semblé toutes justes.
J'ai effectué toutes les modifications je crois (ou 99%).

Pour la phrase :
Cess a écrit:
Je ne ressentis bientôt plus que la vie se retirant de mon être pour se perdre dans les ténèbres du néant
tu me recommandes :
Sun a écrit:
tu ne voudrais pas faire ressentir cette mort imminente d’une manière plus organique, plus viscérale ?
tu peux me donner un exemple s'il te plait ?

Tu veux bien relire ce début de chapitre corrigé sur le forum, s'il te plait ? Il est tellement changé... (à mes yeux en tout cas !)

Et j'aurais une question. J'hésite à enlever ce passage :
Citation :
Je me sentis soudain happée hors du monde. L’entrechoquement des lames, les cris des combattants et le crépitement du brasier s’assourdirent. La fumée cessa de me brûler les poumons et de m’arracher des larmes. Un voile noir m’enveloppa pour me plonger au plus profond de mon être, dans une bulle protectrice et vivifiante.
Je ne discernai plus que mes sensations intérieures. Le souffle de ma respiration ; les battements de mon cœur ; les pulsations fouettant mes veines.
Puis le danger.
Le voile se dissipa, et une seule perception du monde extérieur m’envahit : un claquement d’ailes.
pour écrire seulement : Un claquement d'ailes me ramena à la réalité,
et déplacer quelque part (pour enrichir les descriptions si tu trouves ça utile) l’entrechoquement des lames, les cris des combattants et le crépitement du brasier et la fumée qui brûle les poumons et arrache des larmes.

Quant à la suite du chapitre, pareil, n'hésite pas à me faire virer tout ce qui alourdit.

Merci encore calin
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Ven 13 Jan - 20:07

Citation :
J'ai l'impression que tu as trouvé beaucoup plus à y redire que mon prologue du chapitre 2 ?
Du tome 2.
Oui, je trouve ici davantage de points problématiques pour la raison que je débutais ton histoire par tout un tome de retard. Si tu te rappelles, d'autres lecteurs sur un autre forum avaient dû faire comme moi : des compromis. Sur les personnages, sur l'intrigue, le cadre, etc.
Ici, c'est le chapitre premier de ton tome 1. Le pied d'appel pour faire un saut réussi ou pas dans le récit.

Citation :
tu peux me donner un exemple s'il te plait ?
Tu peux t'imaginer ce que ton corps, ton organisme, ressent quand il file vers les profondeurs glacées de l'océan. Le raisonnement n'y a pas sa place. Engourdissement ; pression croissante sur ton crâne, tes yeux ; réflexe de ta bouche qui veut happer l'air absent, crispation des poumons jusqu'au spasme fatal qui te fera ouvrir la bouche, perte du sens de l'orientation, torpeur grandissante, absence de réflexe musculaire, vertige probable dû au changement de la chimie de ton sang à cause de la pression...

Citation :
pour écrire seulement : Un claquement d'ailes me ramena à la réalité,
C'est une idée qui vaut la peine d'être essayée. Tu verras si cela nuit à la compréhension de la scène. Et ne te soucie pas encore de la richesse du récit : il s'agit d'un premier chapitre. La richesse se développe, elle ne s'impose pas d'emblée quand tant d'éléments d'intrigues restent à définir tout au long des chapitres des tomes pour saisir la complexité de ton histoire.
De mon point de vue, le style est ok ; essaye juste de mieux gérer le taux de révélation des éléments qui permettent de comprendre la complexité de l'histoire. Trop important (comme là), on est désorienté ; trop faible, on piétine et on finit par s'endormir.

La fin du chapitre. Ton "je" raisonne trop souvent au "mauvais" moment. C'est une cérébrale Laughing en plus, elle veut absolument tout diriger de ma lecture, ne m'octroie aucune confiance pour que je bâtisse ma propre compréhension. Je ne suis pourtant pas (trop) idiot. Et puis j'aime bien imaginer, alors pourquoi me donne-t-elle tous les détails de A à Z comme si son histoire ne pouvait s'apprécier que par une seul regard : le sien.
Du coup, vers la fin du chapitre, j'ai été quasi désorienté et j'ai décroché - bon, j'ai repris après, quand même  sunny

Je trouve que tu as été culottée de traiter 3 personnages principaux dès le premier chapitre d'une histoire  Laughing


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Cécile
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Sam 14 Jan - 12:19

Sun a écrit:
Le pied d'appel pour faire un saut réussi ou pas dans le récit.
Tu as raison. Et apparemment il était raté, puisque je n'ai pas encore été acceptée par un éditeur, et vu tes commentaires aussi.

C'est pour ça que je te remercie encore pour cette aide que tu m'apportes. Je dois te dire que c'est assez rare quand je suis d'accord avec tout ce qu'un correcteur me suggère, et là c'est le cas. Souvent je tergiverse pendant des jours ou des mois sur des suggestions, mais là je les applique tout de suite (sauf une, que j'ai mis en note dans mon fichier). Espérons que ça serve à sauver ce chapitre 1 (voire ce tome 1 en fait).

Là, pour tout t'avouer, j'ai un petit coup de baisse de moral. J'ai l'impression que ce texte a été tellement rapiécé qu'il ne ressemble plus à rien.
Je suis un peu désespérée aussi devant le côté trop analyste de la narratrice, ce n'est pas qu'une remise en question de mon roman, mais aussi de ma personnalité (ce trait de caractère se retrouve aussi dans ma vie, et pas toujours en bien, alors... pfffffffffff).
Enfin, ma foi, au bout de toutes ces années, ce n'est pas le moment de baisser les bras.

J'ai fait toutes les modif suggérées, sauf une pour laquelle je n'avais pas de solution immédiate (où placer que Dany, pendant ses quelques minutes d'inconscience avant de se réveiller en début de passage, a rêvé de Dwenya). Au fait, pour répondre à ta question, Dwenya est bien le "perso principal" de la saga, c'est pour ça qu'elle ouvre la trilogie.

Pour les "je" j'en ai supprimé autant que tu me l'as suggéré dans le texte, j'espère qu'il n'en reste pas trop (je les vois bien quand on me les pointe, moins toute seule, et puis il y en a un paquet rajouté par celles qui voulaient plus de "je"... re-pfffffff).

Pour l'impression de trop diriger la lecture, ne pas faire confiance au lecteur pour qu'il bâtisse sa propre compréhension, ça tient en partie de mon côté explicatif plus des nombreuses demandes d'explications de lecteurs. M****. Pour le coup, ça je vois moins dans le texte où c'est trop prégnant. Mais c'est vrai qu'à la base moi aussi j'aime bien une marge de flou pour être tenue en haleine. J'espère que l'équilibre sera rétabli.

J'espère que le chapitre 2 sera un peu meilleur à tes yeux...

Encore merci !
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Cécile
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Sam 14 Jan - 12:26

Chapitre 2 : Réalités
« Entre valses et rondes
Voyage à travers mondes »
Ode 2 des Murmures de Terre-Mère

Pressée de retrouver Lucas, je me faufilai à travers la foule des étudiants serrés dans la fraîcheur matinale.
Le nez plongé dans un bouquin, mon ami était assis nonchalamment sous le chêne bordant l’université. Les larges branches du centenaire veillaient sur le jeune homme dégingandé de vingt-huit ans. Accoutré de sa longue veste de velours et du chapeau de son grand-père, il avait l’étrange don de paraître toujours élégant, même avachi sur le banc.

Bien que je n’y suivais plus aucun cursus, j’aimais me rendre encore sur ce campus dont le cadre brillait d’exception. Construit à la jonction des montagnes et de l’océan, il se situait à quelques centaines de mètres de la falaise. En sortant des bâtiments, on entendait les rouleaux s’écraser sur les rochers et les mouettes se disputer les miettes lancées par des étudiants malavisés. À cette vision, mon esprit s’apaisa. Je retrouvai mon chez-moi.

Mon ami leva le nez de son livre pour m’accueillir de sa gaieté habituelle.

— Lucas...
— Bonjour mademoiselle ! déclama-t-il d’un ton badin.
— Lucas... m’impatientai-je d’une voix plus grave.
— Je ne me souviens point avoir déjà vu, sur votre doux minois, air si soucieux.
— Luc !
— Je suis tout ouïe, répliqua-t-il plus d’un ton sérieux, sans se départir de son flegme habituel.

De ses yeux rieurs, mon ami relâchait habituellement la tension. Cette fois-ci, son demi-sourire s’effaça pour laisser place à l’inquiétude.
Je m’assis à ses côtés et levai le menton vers ce grand gaillard qui me dépassait d’une bonne tête. De grands yeux noisettes insondables qui lui mangeaient la moitié du visage, des pommettes saillantes, un large front : une vive intelligence camouflée sous un air de doux rêveur...

— Dya, que s’est-il passé ?
— J’ai rêvé.
— De quoi ?
— Tu ne comprends pas, j’ai fait un rêve.

Lucas ouvrit la bouche puis s’arrêta net ; il avait saisi. Il se ravisa pour me jeter un regard surpris et interrogatif.

— J’ai été blessée sur Gaa-Awya.
— Je croyais qu’il ne se passait plus rien sur ta Terre parallèle depuis deux ans !
— Le changement est drastique, je t’avoue.
— Blessée, tu dis ?
— Oui. D’un coup... peut-être mortel.

Fermant les paupières, je pris une profonde inspiration et tâchai une fois de plus de me connecter à mon alter ego. Sans succès. Je rouvris les yeux, ne me décourageant pas pour autant ; j’essaierais de nouveau plus tard.

— Tu as tenté de retourner dans ton autre dimension ?
— Oui. Mais je dois être inconsciente là-bas. Vu ce qu’il s’est passé... J’ai perdu connaissance sur Gaa-Awya et je me suis réveillée. Ça, en soit, ça m’est déjà arrivé. C’est un peu comme quand je m’endors. Sauf que cette fois, j’ai frôlé la mort. Et alors là, il s’est passé un truc dingue ! Je me suis réveillée ailleurs. Ni sur Gaa-Awya, ni sur Terre.
— Dans le doux monde des rêves ?
— Ou... dans une troisième dimension.
— Une troisième ? s’exclama Lucas en écarquillant les yeux.
— Oui ! J’étais dans la peau d’une autre ! Elle... je m’appelais Dan. Je ne me préoccupais pas de ce qui venait d’arriver sur Gaa-Awya, je ne me demandais pas pourquoi je ne me réveillais pas sur Terre.
— Et tu faisais quoi de beau là-bas ? questionna un Lucas un peu sceptique.
— Quand j’ai repris conscience dans ce troisième univers, j’étais en train de me noyer dans un océan gelé. J’ai frôlé la mort de si près sur Gaa-Awya que ça a dû ouvrir une connexion à une autre moi à un doigt d’y passer aussi.
— Pas Dya de la Terre, mais Dan dans son océan, tenta de suivre mon ami en fronçant les sourcils.
— C’est ça ! Puis je suis remontée à la surface, je me suis éloignée des naufragés, et j’ai fini par somnoler de froid et de fatigue. Ensuite, je me suis réveillée ici. Au début, j’ai cru à un rêve. Mon premier ! Je me suis dit que c’est le genre de truc qui vous arrive la nuit. Maintenant, je me demande si je me serais pas réveillée dans une autre dimension...
— Alors celle-là, je ne m’y attendais pas !

Lucas croisa les bras sur sa poitrine, suspicieux.

— Ça fait deux mois que je me demande où tu pars quand tu t’endors : un coin de ton esprit, une réalité alternative, une vie antérieure ? Et maintenant tu voyagerais dans plusieurs univers ?
— Justement, c’est la première fois que j’ai la preuve que je ne suis pas une folle qui rêve tout le temps de la même chose !
— Quelle preuve ? s’esclaffa Lucas. Au contraire, on dirait que pour la première fois, tu as fait un rêve comme tout le monde !
— Comme tout le monde ? m’étranglai-je en bondissant sur mes pieds.

Ça y est, la Furie est réveillée, réalisai-je. Je ne me supportais pas quand je m’emportais comme ça, mais c’était plus fort que moi ! Une fois l’engrenage enclenché, la machine était lancée. Lucas avait lui aussi noté le retour de la Gorgone. Il avait appris à vivre avec, ironisant souvent sur « ma marque de fabrique ». Traduction : ma capacité à démarrer au quart de tour. Il avait aussi appris à s’en défendre ; son visage se drapa de hauteur pour prendre quelques distances avec la tempête qui se dirigeait droit sur lui.

— J’ai toujours été prêt à ne pas m’enfermer dans des analyses rationnelles...
— … faciles et rassurantes... raillai-je d’un ton sec.
— ... prêt à envisager tes solutions, insista-t-il en haussant la voix, même si elles étaient difficiles à justifier d’un point de vue scientifique !
— La science ! m’énervai-je en levant les yeux au ciel, exaspérée par la nouvelle religion de notre siècle.
— Oui, je sais ce que tu vas dire. On n’a pas encore tout découvert. Mais je crois aussi que l’explication la plus simple est souvent la bonne.
— Eh bien cette fois, tout se tient ! Il y a plusieurs univers parallèles ! Depuis que je suis née, chaque fois que je m’endors ici, je me réveille sur Gaa-Awya, et vice-versa. Gaa-Awya ne me paraît pas plus fantasmée que la Terre ! Et maintenant, on peut supposer qu’il y a plus de deux réalités, et que je peux aussi m’y rendre !

Coupe l’arrivée d’eau du moulin à paroles et laisse-le parler maintenant ! m’ordonnai-je. L’orage aurait pu tonner des heures, et Lucas était bien trop placide pour m’interrompre.
Dubitatif, il m’indiqua le banc, m’incitant à me rasseoir.

— Que s’est-il passé ? Dans le troisième monde ? Tu dis que tu t’y es endormie en danger de mort aussi ?
— Eh bien... je ne me rappelle plus vraiment, parce que j’étais congelée et à demi-consciente. J’attendais... d’être propulsée dans une faille spatio-temporelle vers une autre époque.

Lucas écarquilla une fois de plus les yeux. On aurait dit qu’ils allaient sortir de leurs orbites. Je détestais quand il faisait ça.

— Dya...

Mon ami enfouit sa tête dans ses mains, prit une grande inspiration et plongea à nouveau ses iris noisette dans les miens. Il allait encore m’exprimer son incrédulité. Il se ravisa soudain.

— Il ressemblait à quoi cet univers ?
— À celui-ci. À la différence que je pouvais voyager dans le temps.
— Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
— Euh... j’ai cru reconnaître le Titanic, grimaçai-je.
— T’as vu DiCaprio sur le pont ?

Je lui balançai mon sac dans l’épaule. Il s’écarta en rigolant.

— Ça ne paraissait quand même pas une chose bien « normale » pour le commun des mortels, si ça peut te rassurer. Non, c’était notre secret.
— Notre ?
— Oui. Encore un truc qui me fait penser que ce n’était pas un rêve : j’étais avec une fille que j’avais l’impression de connaître depuis toujours. On partageait une relation très forte, ancienne. Une relation de parenté peut-être.
— Mouais, ça arrive souvent dans les rêves. On pense qu’on est en train de vivre dans la réalité, et au réveil, ça semble bien construit, il peut y avoir tout un tas de détails pertinents. Et puis on peut aussi y trouver des trucs complètement fous, comme traverser le temps...

Méfiants, nous nous observâmes quelques instants, moi redoutant de ne pas être crue, lui d’être embarqué dans une histoire trop délirante. Lucas se leva, en ébouriffant ses cheveux.

— Écoute, je ne sais pas quoi ajouter pour l’instant. Tu veux que je reste avec toi ?
— Ah zut, tu as raté ton cours ? m’exclamai-je en bondissant de nouveau sur mes pieds.
— C’est toujours moins important que ton hypothétique mort, sœurette.

Je lançai un regard oblique à mon ami. Il ne m’avait jamais appelé comme ça, et je ne le considérais pas comme un frère. D’un autre côté... que pouvais-je connaître des sentiments fraternels ?
Devant l’air grave de Lucas, j’éclatai de rire. Il ne tarda pas à m’imiter.

— Qu’est-ce que je peux faire ?
— Rien. On se voit à midi. File en cours !
— Sûre ?
— Sûre.
— Je sais pas comment t’aider...
— Y’a rien à faire. File, je te dis !
— Tu ne m’as pas raconté comment tu as reçu cette blessure mortelle... dans le premier monde. Va falloir leur donner des numéros, on s’y perd.

J’esquissai une moue. Adorais-je ou détestais-je ce genre de remarques pince-sans-rire ?

— Gaa-Awya, articulai-je. Ça veut dire « Terre-Mère ».

Puis, avec un air de défi, je lui répondis sur un ton détaché :

— J’ai pris un coup de griffe de dragon.

Je pouffai de rire avant que Lucas ait réalisé l’incongruité de notre conversation. Il balança la tête de droite à gauche en haussant des yeux moqueurs, et m’embrassa à nouveau sur le front.

— On poursuit cette incroyable discussion dans deux heures, répondit-il.

Lucas s’éloigna à grandes enjambées vers le bâtiment dans lequel je n’avais plus remis les pieds depuis que j’avais arrêté les cours. Ma place n’était plus là-bas.


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Fried
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Sam 14 Jan - 20:27

Les yfels, les wis, les sawols, les derks... ça fait beaucoup à retenir, heureusement il faut juste comprendre que l'héroïne traverse des époques et des mondes différents. Elle traverse assez vite ces tranches de vie, j'imagine qu'elle va se poser un peu sinon cela deviendra lassant.
la dernière période semble etre à notre époque et cela devient captivant.
j'ai décris en allant tel que je le ressentais, mais maintenant je suis interressé pour connaitre la suite du recit. alors bravo
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Sam 14 Jan - 22:03

Chapitre 3 : Piano


Je m’engageai sur le chemin conduisant aux montagnes, parées de leurs couleurs automnales. Quelques touches orange, brunes et jaunes égayaient le vert sombre des forêts. Les neiges éternelles coiffaient encore leurs sommets, mais les chapeaux laiteux diminuaient d’année en année. Si la folie des Hommes persistait, on ne verrait bientôt les montagnes s’habiller de blanc qu’en hiver.
Je puisais ma vigueur en elles. La beauté et la force de ces masses imposantes, la communion avec la nature foisonnante, ainsi que les sensations de mon corps en action là-bas, me procuraient une paix intérieure inégalée.

Alors que je dépassais le dernier bâtiment avant de quitter le campus, une douce mélopée caressa mes oreilles. Je m’arrêtai pour écouter ce que cet air me racontait. Tandis que des paroles s’accordant à la mélodie emplissaient mon esprit, je glissai le long du mur, me laissant bercer par le tableau enchanteur qu’elles m’inspiraient. Une colline, un lac, trois jeunes filles dans la brume, unies par un lien de parenté, lançant des sortilèges, parcourant le monde...

Une apparition surréaliste m’extirpa de ma rêverie. De la brume se dégageant du lac qui s’étendait derrière l’université, sortit une silhouette. Un manteau de velours noir la couvrant de la tête aux pieds, un visage clair et deux longues tresses dorées. D’un pas ferme qui me rappelait le mien, elle se dirigeait vers moi.

— Ça vous coupe le souffle, ce piano, hein ?

La jeune fille m’adressa un sourire complice, formé de fines lèvres vermillon. Son nez rond lui conférait un air enfantin, contrastant avec ses sourcils plus sévères. Les mêmes que ceux de... Gwenolé, ma partenaire de naufrage !

Elle poursuivit son chemin à la même allure. Estomaquée par cette rencontre, je la suivis du regard jusqu’à ce que la silhouette ait disparu, avec les dernières notes. Le silence me réveilla de ma torpeur et je courus vers cette vision fantasmagorique. Parvenue à l’angle du bâtiment, je ne trouvai qu’un campus vide.


De retour de mon excursion en montagne, deux heures plus tard, je me dirigeai vers la salle dont Lucas sortirait pour sa dernière heure de cours du lundi. J’attrapai le bras de mon ami avant qu’il ne m’aperçoive. Il sursauta et se retourna vers moi.

— Je l’ai vue ! Gwenolé, la fille de l’autre monde, je l’ai vue, Luc, ici, dans cette réalité ! C’est la première fois que je vois le même visage dans deux univers ! Et je l’ai découvert le même jour ! C’est... C’est un signe ! Il est en train de se jouer quelque chose, Lucas, quelque chose d’important, je le sens, je...

Mon ami me coupa net dans mon élan : il me saisit par les épaules, me fit pivoter d’un demi-tour et me poussa devant lui à travers la marée humaine qui se déversait de la sortie de l’université pour la dernière fois de la journée. Dès que nous fûmes dégagés de la foule, je me retournai et l’arrêtai dans sa marche résolue en dégageant mon coude de sa main d’un coup sec et énervé.

— Luc !
— Tu l’avais peut-être croisée avant, et tu as mis son visage sur la fille de ton rêve ?
— Pourquoi tu me parles encore de rêve ? m’impatientai-je. C’est la première fois que je doute aussi peu de ce qui se passe dans ma tête la nuit, et toi, depuis ce matin, tu ne fais que rationaliser ! Alors qu’avant, tu acceptais tout sans réfléchir !
— Sans réfléchir ? se vexa-t-il. Dya, je t’ai toujours dit que la théorie de la dimension parallèle ne me semblait pas impossible, mais que...
— Et maintenant tu ne veux même plus l’envisager ! m’emportai-je.

Le retour de la Furie, deux. Oh, et puis flûte, il l’avait bien cherché !

— Tant qu’il s’agissait d’une simple possibilité sans moyen de la prouver, c’était sans danger, l’invectivai-je. Mais maintenant que c’est tangible, et peut-être chargé de sens, ça te fait peur ? On pourrait en apprendre davantage sur le fonctionnement de cette réalité, ou sur celui des esprits des êtres humains. Et tu décides qu’il ne s’agit plus que d’élucubrations d’une pauvre fille rêveuse en mal de sensations fortes ?
— Tu me prêtes des paroles qui ne m’appartiennent pas, Dya, répliqua Lucas d’un ton froid.
— Mais bien sûr, maintenant tu vas me dire que je ne réagirais pas comme ça si je n’étais pas moi-même déstabilisée par...

Je fus soudain aspirée en moi ; ma vision se voila, mes oreilles bourdonnèrent, un vertige me fit tituber : j’étais appelée dans ma seconde dimension. Un court instant à la frontière entre les deux mondes, je discernai les sensations de l’une et de l’autre. Essayant tant bien que mal de rester debout, je tentai de déterminer si je devais m’endormir aussitôt pour aller combattre une attaque d’Yfels de toute urgence, ou si je pouvais résister quelques minutes pour éviter un évanouissement en public.

Cette fois-là, je fus si violemment happée que je n’eus pas le choix. J’effleurai l’épaule de Lucas alors que mes jambes commençaient à s’affaisser. Il glissa ses bras sous les miens, tandis que la voix d’une de mes sœurs d’armes résonnait de plus en plus fort dans mon esprit.

***


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Fried
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Ven 20 Jan - 8:04

Chapitre 2, une pause dans les voyages à travers les mondes, cela permet quelques explications. Visiblement elle contrôle pas ou peu ces voyages. on découvre l'amitié de Lucas et Dya, deux étudiants sur notre terre à notre époque. me voila prêt à entrer dans l'aventure.
Cela ce lit facilement, ma curiosité est éveillée, je lis la suite.
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Cécile
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Ven 20 Jan - 10:09

Fried a écrit:
Elle traverse assez vite ces tranches de vie
trop vite ?

pourras tu me dire si tu as à nouveau cette impression dans les prochains chapitres ?

merci Fried pour tes lectures des 2 premiers chapitres, je suis contente que tu accroches pour l'instant
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Fried
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Ven 20 Jan - 12:00

Non pas trop vite car après on comprend que c'est une entrée en matière et que tu donnes une vue d'ensemble.
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Ven 20 Jan - 12:40

ok. mais jiao a trouvé que par la suite c'est à nouveau trop rapide, donc un croisement avec ton avis me sera utile Wink
je poste le chapitre 3 bientôt Smile
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Jiao-Lan
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Ven 20 Jan - 12:48

Oui mais moi je suis incompétente en matière de fantastique, j'ai donné mon ressenti en temps que lectrice "générale" Fried est sûrement plus habitué en matière de mondes parallèles, si il est arrivé à s'immerger d'entrée c'est que ça fonctionne pompom
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Ven 20 Jan - 14:53

Chapitre 4 : Mentor
« Défie-toi des croyances
Le jour où tout commence »
Préceptes pour une Feohtaria, IV

Tandis que je sortais de ma torpeur, les contours du visage de Clair-Ance, ma grande sœur d’adoption, m’apparurent. J’étais sur Gaa-Awya.
Mince ! Pas dans le monde de Dan. Mes espoirs d’en découvrir plus sur mon autre moi : envolés. Faudrait-il que je frôle à nouveau la mort pour y accéder ?
Une douleur me traversa le dos, si vive qu’elle me fit cambrer. Mon amie m’arrêta aussitôt dans mon élan.

— Tout doux, ma belle... Je sais que désormais tu guéris plus vite que le commun des mortels, mais tu es loin d’être remise de ce coup de griffe-là. C’est déjà un miracle que tu sois encore vivante, alors garde quelques forces pour supporter un autre choc.

Les premières lueurs de l’aube éclairèrent les traits de mon amie, inestimable alliée de ces dernières années. Elle repoussa ses courtes mèches orange, coupées au couteau, qui encadraient sa peau claire parsemée de taches de rousseur. Ses yeux d’un violet bleuté brillaient du même éclat volontaire que le jour de notre rencontre, onze ans auparavant.

Je jetai un œil par-dessus son épaule. Il ne restait de notre ferme que le bâtiment dans lequel nous nous trouvions. À travers les trous béants des murs noircis, on pouvait entrevoir les annexes dont seules les fondations subsistaient. Elles avaient abrité notre clan pendant deux ans ! Quelques-uns de nos compagnons blessés reposaient parmi les débris du toit effondré.

La pièce baignait dans un calme insolite, en dépit du remue-ménage : les rescapés tâchaient de rassembler en silence ce qu’ils pouvaient sauver du plus dur combat qu’ils avaient jamais mené. Tant de mes alliés étaient encore debout ! Nous nous étions pourtant retrouvés submergés sous le nombre d’Yfels. Par quel miracle avions-nous survécu ?

Plus loin, dans la cour encore fumante de l’incendie allumé par les créatures de Wis, des frères et sœurs d’armes allongés sous des linceuls. Mon cœur implosa, mes muscles se bandèrent pour les rejoindre.
Clair-Ance m’en empêcha d’une simple pression sur l’épaule. La veille, elle n’aurait pas pu. Une semaine plus tôt, j’avais subitement acquis une force surhumaine. La Force des Feohtarias, avais-je supposé, le legs de ma lignée de Combattantes. Ces derniers jours, la jolie rousse ne pouvait plus me faire vaciller d’un pouce. Jusqu’à ce matin-là.

— Désolée, tu peux pas te permettre de les pleurer maintenant.
— Clair, j’ai une petite baisse de régime passagère, mais ne crois pas pour autant que tu...
— Dwen, quelqu’un veut te parler.
— Il a mal choisi son moment.

Je me relevai pour m’asseoir, la tête me tourna. Une grimace et un gémissement m’échappèrent.

— Dis-lui de prendre rendez-vous pour plus tard.
— Prendre quoi ?

Zut. Mauvais monde.

— Il a de grands projets pour toi.

Mon vertige se figea et mon attention se porta enfin sur Clair-Ance.

— Il dit qu’une nouvelle ère commence.

Une ombre surgit des décombres. Une démarche souple ; une stature imposante ; des prunelles d’un noir abyssal. Mon cœur manqua un battement. Je croyais ne jamais le revoir. Le traître, l’enflure, mon père ! Ar-Anrel !

Ma poitrine s’emplit aussitôt de colère : tout mon corps s’éveilla et se dressa en une fraction de seconde devant cette pourriture qui me dépassait de plusieurs têtes. Une atroce douleur me déchira le dos, mais je tins bon. La haine bouillait en moi si violemment que j’en oubliais ma blessure et me sentais capable de le terrasser d’un revers de main. Pourtant, il était le seul à m’avoir vaincue en combat singulier, jusqu’à l’attaque du Derk. Mais j’étais plus grande désormais ! Plus musclée, entraînée et aguerrie. Il n’était plus mon mentor, mais mon ennemi.

La rage m’empêcha de lui dire tout ce que j’aurais voulu lui jeter à la face comme un poison meurtrier : cette nuit où il m’avait abandonnée au milieu d’une armée d’Yfels pour achever ma formation, alors que je n’avais que treize ans. Je n’aurais pas survécu si Clair-Ance et ses toutes jeunes recrues ne m’avaient secourue.

J’avais frôlé la mort. Le souvenir de la peur brisa net toutes les barrières. Je levai le bras et abattis mon poing.
Clair-Ance le bloqua. Ar-Anrel n’avait pas cillé, prêt à recevoir le coup.

— Dwen ! C’est lui qui nous a sauvés !
— Sauvés ?

Un rire mauvais me secoua.

— Clair, tu te rappelles cette nuit où on s’est rencontrées ? C’est lui qui m’avait offert en pâture à ses semblables !
— Ses... semblables ? Attends... c’est... un Yfel ?
— Un mort-vivant, un monstre sanguinaire, un suceur d’âme ! Tu veux que je te fasse un dessin ?

Clair-Ance lâcha mon poignet et esquissa un pas de recul. Tous nos compagnons présents dans la pièce stoppèrent leurs mouvements. Les regards convergèrent vers nous, d’abord surpris, puis haineux. Les mains se précipitèrent sur les pommeaux des épées ou attrapèrent un morceau de poutre échappée des flammes.

Un silence de plomb enveloppa les ruines du refuge calciné et alerta les autres membres du clan s’affairant à l’extérieur. Peu à peu tous mes amis m’entourèrent, prêts à combattre celui que je déclarais mon ennemi, même s’il venait de leur sauver la vie. Les secondes s’égrainèrent, mortelles, l’abandonnant à son proche trépas.

L’air devint plus lourd, la pièce s’assombrit. Le ciel, à travers le plafond ravagé par le feu, faiblit en luminosité. Dans ce monde, tous les éléments étaient reliés.

D’un simple geste, j’aurais pu ordonner la mise à mort de mon bourreau. Pourtant, la placidité que je lisais dans ses yeux d’ébène ne concordait pas avec ma fureur et l’hostilité que j’avais déclenchée tout autour de moi.

Mon bras refusa d’abattre la sentence. Je me souvins de l’époque où la lutte entre les créatures de Wis et les Hommes ne me paraissait pas si manichéenne. J’avais été élevée par un Yfel qui aurait dû exterminer mon espèce, et l’avait pourtant protégée. Il m’avait recueillie à ma naissance, puis était resté à mes côtés dans la communauté qui l’avait aidé à s’occuper de moi les premières années. Il m’avait ensuite appris à combattre ses propres frères de sang.

Puis, à l’aube de mes treize ans, après qu’il m’ait abandonnée dans l’arène, je m’étais fait une promesse : ne plus jamais croire que quiconque puisse choisir l’un ou l’autre camp. Yfel il avait été, Yfel il était, Yfel il serait toujours. Alors que ma lutte contre les morts-vivants était auparavant menée sur l’ordre de mon tuteur, elle était devenue un combat personnel contre ce traître et toute sa race.
Cependant, aujourd’hui, avait-il remis en cause son allégeance aux Forces de Wis ?

Chacun retenait son souffle, prêt à agir au moindre signal... Signal qui n’arrivait pas. Dans ce regard autrefois fuyant, je déchiffrai... de l’affection. Jamais il ne m’en avait montré. Jusque-là.

Mon cœur s’ouvrit, ma haine s’évanouit, des larmes me montèrent aux yeux. Non ! Hors de question de lui montrer qu’il avait encore le pouvoir de m’atteindre !

Je pris une profonde inspiration et, d’un bref mouvement de menton, indiquai à l’Yfel la sortie du refuge. Tous baissèrent leur garde et reprirent leurs activités, ne me quittant cependant pas des yeux : ils étaient impatients de connaître l’identité de leur sauveur. La curiosité les distrayait de leur tâche, mais le respect de leur sœur d’armes l’emporta. Chacun retourna rassembler nos affaires sur les charrettes construites à la hâte pour vider les lieux avant un nouvel assaut des armées de Wis.

Serrant les dents de douleur à chaque pas, je suivis mon ancien instructeur à l’écart de notre communauté. Je préférais l’avoir devant moi, ne me départant pas d’une profonde méfiance à son égard. Ce qui me permit de l’observer attentivement.

Il portait toujours le même long manteau noir aux formes fluides qui cachaient ses mouvements et dissimulaient ses attaques rapides. Sa corpulence massive contrastait avec sa démarche silencieuse, caractéristique des Yfels. À sa force destructrice s’alliait son habituel flegme.

Quand nous nous arrêtâmes enfin à la lisière du bois, son visage m’apparut clairement. Il ne vieillissait plus depuis des siècles. Ses traits étaient assez communs ; en revanche, le sombre pouvoir qui émanait de tout son corps lui conférait une énergie magnétique qui me rappelait celle de l’inconnu de la bataille.
Aucun son ne sortit de ma bouche. Mille reproches se bousculaient à mes lèvres, tant de questions brouillaient mes pensées. Il avait été si facile, sécurisant, de ne voir en lui qu’un ignoble traître. Un monde en noir et blanc – les Yfels d’un côté, ma tribu de l’autre – m’avait aidée à garder mes esprits et ne pas me noyer dans l’incompréhension.

La vie auprès d’Ar-Anrel n’avait été que formation, solitude et tristesse. En revanche, mes sœurs de combat m’avaient fait connaître les fous rires avant les batailles, le plaisir dans l’exercice, la solidarité d’une famille dans les épreuves. En découvrant que la lutte contre les Forces de Wis et une pointe de bonheur n’étaient pas incompatibles, je lui en avais voulu d’autant plus.

Dans son regard, je vis ses regrets et sa joie de me retrouver. Ils m’ébranlèrent. J’avais envie de me jeter dans ses bras, me débarrasser de ma haine. Ma fierté m’en empêcha. Oublier ma rancune et lui donner raison ? Jamais !

— Qu’est-ce que tu fais ici, à nous sauver, paraît-il ? Encore une de tes petites manigances ou tu étais en mal d’adorateurs ?

L’Yfel ne cilla pas.

— Tu as pourtant choisi ton camp il y a onze ans !

Il continua de me fixer, impassible.

— Celui des Yfels auxquels tu m’as livrée, je te rappelle ! Tu as perdu ta langue ou le peu de neurones qui se couraient après sous ta coupe d’acteur de série Z ?

Ar-Anrel haussa un sourcil. Ah ! J’avais enfin réussi à le faire réagir avec quatre mots qu’il ne connaissait pas. Lui qui aimait tout maîtriser... Je savais encore comment faire mouche avec lui.

— Je ne t’ai pas livrée à eux, tu le sais, je te l’avais dit ; je t’offrais l’opportunité de mesurer toute l’étendue de ton Invincibilité face à une demi-douzaine d’ennemis. Te faire découvrir les autres facettes de ce pouvoir, en plus de son rôle de bouclier magique. Te donner un avant-goût de la Force. J’ai compris mon erreur quand j’ai vu que tu ne rentrais pas : tu as pris peur et...
— Mon Invincibilité ? Mon Invincibilité, hein ? La bonne blague. Elle m’a quittée ce jour-là, au beau milieu de la bataille !

Une ombre passa sur le visage d’Ar-Anrel.

— Que veux-tu dire ?
— Qu’au milieu de cinquante Yfels, j’ai perdu ma protection magique !

Il se tint à nouveau coi, abasourdi. Son silence accrut mon exaspération.

— J’avais treize ans, salaud ! Même si j’avais eu mon pouvoir, je n’en serais pas sortie indemne ! Qu’est-ce que tu essayais de m’apprendre ce jour-là ? Que j’avais moins d’importance que notre combat ? Que je n’étais qu’un instrument, un soldat indispensable à ton obsession dans ta lutte contre les armées de Wis ?
— Dwenya, jamais je ne t’aurais laissée dans cette position si je n’avais pas été certain que tu n’en ressortirais que grandie. Tu avais besoin de réaliser à quel point tu étais spéciale et puissante. « Ce qui ne tue pas rend plus fort », rappelle-toi.
— Eh bien, ta petite expérience a failli me coûter la vie ! Je suis tombée à leur merci ! Si un bataillon de jeunes guerrières n’était pas passé par là, je n’aurais pas survécu une seconde de plus.
— Dwenya...

Sa voix se brisa. Je ne l’avais jamais vu baisser sa garde.
Mon cœur vola aussi en mille morceaux. Je souhaitais lui renvoyer la violence qu’il m’avait fait subir, l’extraire de moi pour ne plus souffrir.

— Dwenya, j’aurais aimé ne pas commettre cette erreur...
— Oh mais je ne le voudrais pas moi ! Ce fut une libération. J’aurais préféré une autre façon, mais au bout du compte j’ai trouvé une famille aimante. Ce que tu ne m’as jamais offert.

Ar-Anrel regarda jusqu’au fond de mes prunelles, y contemplant l’étendue des dommages qu’il avait causés pendant toutes les années où il avait eu ma charge.

— Je ne sais comment alléger ta peine, réparer mes fautes.

L’Yfel marqua une pause, gêné. Il n’était pas habitué à ce genre de discours.

— J’ai réalisé ces dernières années à quel point je m’y étais mal pris avec toi. À quel point j’étais trop ignorant pour élever un enfant, en faire la grande guerrière que tu étais censée devenir, dont le monde avait besoin. Je n’ai pas été capable de te protéger des Forces de Wis, ni de t’apporter l’amour et l’insouciance qu’une fille de ton âge aurait dû recevoir.

Ar-Anrel se racla la gorge. Ses mots devaient lui brûler les lèvres. Ils me consumaient le cœur.

— Cela faisait tant d’années que je n’avais plus été un homme, que je ne me rappelais plus comment faire.

Il baissa un instant la tête. Quand il la releva, il plongea son regard dans le mien et s’exprima d’une voix basse et rauque.

— Je veux te dire aujourd’hui que tu ne méritais pas cette existence. Tu méritais mieux.

Ar-Anrel tendit les bras, je les repoussai rageusement, il recula mortifié, je le martelai de coups de poing, il attrapa mes poignets et les maintint serrés contre sa poitrine d’une main, tentant d’envelopper mes épaules de l’autre.

Un barrage céda en moi, des larmes inondèrent mes yeux ; la tristesse submergea mon cœur, et lava la haine qui le rongeait depuis une décennie. J’allais m’abandonner dans son étau quand il me dit :

— Dwenya, je dois te parler de quelque chose de très important. Le temps presse. Tu dois vite partir d’ici avant qu’elles ne te retrouvent.


Dernière édition par Cécile le Lun 19 Juin - 9:38, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Lun 23 Jan - 14:59

Jiao-Lan a écrit:
Oui mais moi je suis incompétente en matière de fantastique, j'ai donné mon ressenti en temps que lectrice "générale" Fried est sûrement plus habitué en matière de mondes parallèles, si il est arrivé à s'immerger d'entrée c'est que ça fonctionne pompom
pour ma part je trouve les avis de lecteurs lambda pas spécialistes de fantasy très intéressants ! surtout quand ce sont de bonnes plumes Razz
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Fried
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Lun 30 Jan - 19:24

J'ai lu le chapitre III,
de retour sur Gaa-Awya. On fait connaissance avec le vilain papa. Il semble que ce soit un dur à cuir, comme sa fille.
petite aparté au sujet de ce passage:
"La vie auprès d’Ar-Anrel n’avait été que formation, solitude et tristesse. En revanche, mes sœurs de combat m’avaient fait connaître les fous rires avant les batailles, le plaisir dans l’exercice, la solidarité d’une famille dans les épreuves. En découvrant que la lutte contre les Forces de Wis et une pointe de bonheur n’étaient pas incompatibles, je lui en avais voulu d’autant plus." On imagine un peu ce qu'elle a vécu sans son père. Je me demande si le début de l'histoire n'aurait pas pu commencer par une scène représentant sa vie avec ses soeurs de combats.

Maintenant j'attends la suite Very Happy
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Cécile
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Jeu 2 Fév - 11:09

hallo fried

merci pour ton retour
dès le début de la conception de cette histoire, imaginée il y a plus de 10 ans, j'ai toujours voulu ce démarrage en trombe.

j'espère que la suite te plaira Wink
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Cécile
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Jeu 2 Fév - 15:05

Chapitre 5 : Héritage
« Dans le soir clandestin
Écoute les destins »
Chant 5 des Vœux de Gaa-Awya


Je me dégageai de l’étreinte d’Ar-Anrel, balayai mes joues d’un revers de main.

— Elles ?
— Les armées de Wis. C’est toi qu’elles sont venues chercher hier. Pourquoi étaient-elles si nombreuses, à ton avis ? Elles te traquent depuis ta naissance. Depuis quelques jours, elles peuvent enfin pister ta trace.

Je tressaillis. Il n’y avait qu’une seule explication. La légende de mes ancêtres.

Il y a bien longtemps, une jeune femme a choisi de consacrer sa vie à la lutte contre les Yfels. Elle était investie de capacités surnaturelles : la Force et l’Invincibilité. La première lui permettait de terrasser les créatures démoniaques, la seconde de survivre jusqu’à la naissance de sa première fille à qui elle léguerait cette protection.
Elle est morte avant que sa fille soit en âge de prendre les armes. La Force est alors passée chez une autre guerrière, la Medyatria, la « Médiatrice », qui a combattu les Yfels et autres monstres de Wis, et transmis à sa mort la Force à une autre Medyatria, et ainsi de suite, jusqu’à la maturité de l’héritière de la lignée.
Une longue lignée de Feoharias, de « Combattantes », lui a succédé. Elles sont les pires ennemies des créatures de Wis : les mieux dotées pour les vaincre, mais aussi leurs principales cibles. La Force attire les Yfels. Les magies blanche et noire sont liées.


Je pris une large inspiration, mon regard quitta le lointain et se plongea dans les prunelles sombres d’Ar-Anrel.

— Je suis la nouvelle détentrice de la Force, déclarai-je en pesant chacun de mes mots et leurs conséquences. La Feohtaria.

Ar-Anrel baissa la tête dans un signe d’assentiment et de déférence.
Je m’y étais préparée toute ma vie ; je relevai le menton.

— La dernière Medyatria est morte il y a une semaine, déduisis-je.
— Pas tout à fait. Dans le coma. Ce qui revient au même pour la magie qui l’habitait et qui est allée trouver son prochain hôte : toi.
— Vingt-quatre ans... Je suis en retard.
— C’est surtout la Médiatrice qui a conservé son rôle bien plus longtemps que la moyenne. Les Combattantes ne vivent généralement que quelques années.

Ar-Anrel avança d’un pas vers moi, le front barré d’un pli inquiet.

— Tu viens d’hériter de la Force des Feohtarias, mais tu n’as pas récupéré l’Invincibilité qui t’a quittée il y a onze ans. Ce qui fait de toi la première Feohtaria qu’ils peuvent anéantir depuis des millénaires.

Mon cœur bondit, comme s’il venait de sauter d’une falaise. La Feohtaria était l’ultime rempart devant l’invasion de Wis. Le sort de l’humanité en dépendait. Ma main se referma sur le pommeau de l’épée qui pendait le long de mon flanc. Je ne serais pas la dernière d’une lignée séculaire.

— Il ne peut y avoir de Force sans Feohtaria vivante, poursuivit l’Yfel. Les Medyatrias ne sont que des passeuses de pouvoir. Si les Yfels parvenaient à te tuer avant que tu n’aies transmis ta Force à ta future fille, aucune Médiatrice n’en hériterait. L’Invincibilité disparaîtrait aussi.

J’allais demander pourquoi, mais Ar-Anrel déclara d’une voix grave :

— Le Pouvoir des Feohtarias serait perdu à jamais. Les créatures de Wis ne trouveraient alors plus aucun adversaire à leur taille.

Un poids s’abattit sur mes épaules, comprimant mon souffle. Bien plus qu’à treize ans, je mesurais l’importance de mon rôle dans la destinée de ce monde. Je comprenais l’acharnement quotidien de mon entraîneur à me pousser à devenir la meilleure guerrière possible. Sans lui, je n’aurais jamais atteint ma puissance d’aujourd’hui. Je ne l’excusais pas pour les peines qu’il m’avait fait subir, mais le comprendre m’aidait à ne pas me sentir victime. Tout ceci était tellement plus grand que moi.
Je gonflai ma poitrine et chassai ce joug de ma nuque.

— C’est pourquoi les Yfels vont mener la plus grande traque de tous les temps, conclut Ar-Anrel.

Un frisson me parcourut le dos et vint réveiller ma blessure encore fraîche.

— Comment ai-je perdu mon Invincibilité ?
— Probablement quand la Medyatria qui te précédait est décédée. Elle a transmis la Force à une autre Médiatrice dès que son cœur s’est arrêté. Or, elle n’a cessé de vivre que peu de temps. Elle a été ranimée par un guérisseur qui lui a comprimé la poitrine à plusieurs reprises.

Son cœur a recommencé de battre avant la mort cérébrale, devinai-je.

— Et d’une manière que je ne m’expliquais pas, ajouta Ar-Anrel, elle a retrouvé une vigueur surnaturelle.
— Pas la Force. Celle-ci était déjà passée chez la Medyatria suivante.
— Elle est allée puiser en la source originelle des Feohtarias...
— … mon Invincibilité ! poursuivis-je sa phrase dans un hoquet de stupeur.
— Que tu n’aurais dû transférer qu’à ta fille.

Pitié ! Une aspirine et ma série du samedi soir, c’est plus simple ! implorai-je en mon for intérieur. Si Gaa-Awya présidait aux destinées humaines, elle était très mauvaise scénariste.

— Cette Médiatrice, soupirai-je, ne pourra-t-elle pas transmettre à son tour l’Invincibilité à une fille ?
— Comment le savoir ? Ces magies ont été mises en place il y a des milliers d’années, comment deviner de quelle manière ? Ou si elles vont se transmettre maintenant qu’elles ne suivent plus leur cours séculaire ? La détentrice actuelle de l’Invincibilité ne recevra peut-être jamais plus la Force ! Séparés, les deux pouvoirs sont moins efficaces. Ils ne pourront peut-être même pas subsister s’ils ne peuvent se réunir.

Le visage d’Ar-Anrel s’assombrit.

— Il s’est opéré un bouleversement dans la transmission et l’équilibre des énergies de ce monde, et aujourd’hui cela a des conséquences pour votre avenir.
— C’est toujours la même histoire, plaisantai-je. Le sort du monde repose sur les épaules d’une seule fille aux super pouvoirs. Et comme par hasard, juste au mauvais moment, il y a un cafouillage.
— Toujours la même histoire ? se fit soudain entendre Clair-Ance.

Je remballai mon humour qui ne possédait hélas pas le don de faire voyager avec moi mes références entre les dimensions ; mes amies m’avaient rejointe.

À leur tête, Clair-Ance, l’aînée de la tribu. Une meneuse née, même si elle refusait tout rôle de commandant. Elle n’avait que seize ans lorsqu’elle avait rassemblé la petite troupe qui m’avait adoptée, avant d’accueillir une centaine d’autres orphelins de guerre au fil des ans. Veillant sur chacun d’entre nous, elle était naturellement notre chef de famille.

— Alors, c’est qui ce type ? demanda June sans ménagement, une main sur le pommeau de son épée.

La petite sœur de Clair-Ance vint se camper devant Ar-Anrel. Je la considérais comme une jumelle depuis le jour où elle m’avait sauvé la vie. Stratège de notre groupe, elle planifiait chacune de nos batailles et nous tirait de tout guet-apens. Beaucoup la prenaient pour un garçon, avec ses cheveux roux très courts et son corps musclé. Fougueuse et d’humeur joyeuse, ce boute-en-train savait dérider nos troupes dans les pires situations, comme faire preuve de franchise sans prendre de gants.

— Mon ancien mentor, lui répondis-je. C’est lui qui avait mis en place cet... exercice qui a mal tourné et dont vous m’avez sauvée. C’est un Yfel qui a retrouvé sa conscience et qui lutte contre les armées de Wis, depuis.
— Qui a retrouvé sa conscience ! s’époumona June.

Son visage devint aussi cramoisi que ses cheveux. Le monde tel qu’elle se l’était représenté toute sa vie menaçait de s’écrouler. Je connaissais bien cette douloureuse sensation.

— Qu’est-ce que tu racontes ? tempêta-t-elle. C’est impossible ! Les Yfels sont démoniaques ! D’ignobles créatures dépourvues d’âme !
— En dix ans, m’apostropha Ar-Anrel d’un air narquois, tu n’as pas trouvé le temps de leur parler de tout ça ?
— J’avais d’autres chats à fouetter que de me repasser le CD de tes belles comptines ! Et ton attitude m’avait filé de sérieux doutes sur tout ce que tu m’avais enseigné.
— Les Yfels sont tous d’anciens Humains comme vous et moi, expliqua Ar-Anrel. Capturés par les Forces de Wis, torturés jusqu’à ce qu’ils en oublient leur identité, et ne deviennent que malheur et violence.
— Dans mon autre monde, on a des zombis et des vampires ; c’est plus simple : un petit virus ou un coup de canine et hop ! le tour est joué.

Les filles me dévisagèrent de leurs yeux ronds. Je ripostai d’un sourire mutin.

— Les Armées de Wis : que peux-tu nous en dire ? demanda Anyouka à mon tuteur.

J’esquissai un sourire. Un « nous » qui veut dire « leur ». Anyouka entendrait dans son esprit les explications de mon mentor avant qu’elles ne franchissent ses lèvres. Son don de télépathie compensait sa timidité et sa taille menue lors de nos batailles. Ses pommettes avaient rosi sur sa peau légèrement dorée. Elle détourna ses yeux noirs en amande quand Ar-Anrel posa son regard sur elle.

— C’est un ensemble de créatures aux pouvoirs surnaturels, dont les Yfels. Selon certaines légendes, ils seraient tous d’anciens êtres vivants aussi naturels que vous, mais transformés par la magie noire.
— M’a pas l’air très naturel, le Derk, protesta June.
— Arf, un fossile de gros reptile volant du Crétacé, une carcasse de baleine, un zeste de serpent, le tout dans la marmite du grand méchant avec une pointe de sel et une bonne dose de magie noire, et wouf ! : on obtient un dragon.

Clair-Ance me fustigea de son regard autoritaire. Combien de fois m’avait-elle enseigné qu’il y avait un temps pour les plaisanteries, un temps pour les allusions à la Terre, et un autre temps pour aucune de ces deux choses ?

— La magie noire, d’où vient-elle ? s’enquit Shaïna auprès de mon mentor.

La jumelle d’Anyouka affichait un air soucieux. Ses nombreux rêves prémonitoires lui apportaient parfois plus de questions que de réponses, et avaient rogné sa joie de vivre au fil des ans.

— Personne ne le sait. Mais tout serait lié : les démons de Wis, les êtres humains dotés de pouvoirs... Certains détiennent des capacités plus ou moins courantes... comme vous, je crois, mesdemoiselles.

Mes amies comprirent qu’il les avait surveillées : elles esquissèrent un même pas de recul, posant la paume sur leur épée ou leur bâton.

— Quand j’ai retrouvé la trace de Dwenya il y a une semaine, je me suis informé sur les gens qui partageaient sa vie. D’après les renseignements que j’ai recueillis et mes observations, je dirais que plusieurs d’entre vous possèdent des aptitudes au combat supérieures à la moyenne, et d’autres des dons parapsychiques.

Koshibé dégaina son katana. Yeux bridés et longs cheveux de jais, une beauté froide. La grande sœur d’Anyouka et Shaïna accusait la perte de ses parents dans ses traits sévères. Notre instructrice, qui ne ménageait jamais nos efforts, même en période de répit, avait un tempérament de feu sous son apparence de glace.

Je coupai court à la tension palpable entre mon ancien tuteur et mes amies en leur résumant mon échange avec Ar-Anrel. Par le passé, je leur avais relaté la légende des Feohtarias et elles savaient que j’y étais destinée. Mais nous ignorions toutes les conséquences immédiates de ma nouvelle charge.

— Te cacher est illusoire, m’interrompit Ar-Anrel. Les Feohtarias héritent de l’un des plus grands dons de la planète, mais, en contrepartie, deviennent des aimants à Yfels.
— De toute façon, je n’avais pas l’intention de me défiler alors que les armées de Wis viennent de décimer les miens !
— Ta priorité est de récupérer ton Invincibilité. Je suis venu ici pour t’envoyer aux deux personnes les plus puissantes qui pourraient t’y aider. L’une d’elles est la Medyatria. Une alliée de poids. L’autre est une magicienne. Elle t’aidera à développer tes facultés psychiques et à recouvrer ton héritage.
— M’envoyer ? Pas question. Tu peux leur dire de rallier notre troupe.
— Non, Dwenya, c’est toi qui vas rejoindre la leur. Tu dois quitter la tienne. Tant que les armées de Wis n’auront pas mis la main sur toi, tous ceux qui resteront à tes côtés seront en danger de mort. Tes amies ne sont pas à la hauteur des combats qui t’attendent.

M’arracher à ma famille ! La priver de mon aide et de ma protection ! June et Clair-Ance saisirent chacune un de mes bras.

— Non, nous n’allons pas nous séparer ! protestèrent les deux rouquines.
— La peur ne nous fera pas abandonner notre sœur, ajouta Koshibé.

La grande brune s’exprimait pour la première fois depuis le début de cette conversation. Habituée à son silence légendaire, je m’étonnais de sa prise de position. Nous n’avions jamais été très proches. Je supposais qu’elle m’avait toujours perçue comme une concurrente directe dans le cœur de sa compagne, Clair-Ance, et dans son statut de premier soldat de notre tribu. Je réalisai qu’elle me resterait pourtant fidèle. Elle se tiendrait à mes côtés, quel qu’en soit le prix.

— Mais l’aveuglement vous coûtera la vie, rétorqua Ar-Anrel, et…
— Il a raison, l’interrompis-je.

Je pris une grande inspiration pour me donner du courage. Mes amies ne me laisseraient pas les quitter, et les persuader à contre-cœur n’en serait que plus ardu.

— Même si je déteste lui donner raison. Je ne vais pas risquer vos vies en restant à vos côtés.
— Et tu crois que nous, on va t’abandonner pour sauver notre peau ? s’insurgea Shaïna.

Les convaincre de se protéger elles-mêmes plutôt que moi serait peine perdue. Je changeai d’angle d’attaque.

— Qui va s’occuper de la bande si vous m’accompagnez ?
— Personne n’aura peur de te suivre, tu le sais bien, rétorqua Clair-Ance.
— Mais tout le monde n’en ressortira pas vivant. Combien sont morts aujourd’hui ? Que deviendrai-je si je ne peux plus compter sur vous ?
— Vous lui rendez une faveur en la laissant s’en aller, renchérit Ar-Anrel.

Je savais en mon for intérieur que l’Yfel avait raison. J’avais pu observer par le passé la constante fiabilité de ses manœuvres d’attaque et repli.

Le visage de June n’exprimait que résignation et tristesse, à la différence de ceux de nos amies emprunts de résistance. En grande stratège, June avait compris qu’il ne pourrait en être autrement. Détournant ses iris violets baignés de larmes, elle rejoignit notre tribu en courant. Elle ne voulait pas me dire adieu.
Clair-Ance entoura mes épaules de son bras et nous regagnâmes les ruines de notre ancien refuge, suivies par Koshibé, Anyouka et Shaïna.


Ar-Anrel se tint à distance le reste de la journée, nous laissant profiter de nos derniers moments ensemble, jusqu’à ce que la nuit nous engloutisse dans l’incertitude de nos avenirs et le chagrin de notre séparation.


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Fried
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Jeu 2 Fév - 18:46


"La voix d’Ar-Anrel s'estompa pour laisser place à un passé plus douloureux." à la première lecture je n'ai pas compris, je pense que tu veux dire le souvenir de la voix d'Ar-Anrel qui relate cette légende s'estompa. Il faut peut-être éviter de dire la voix s'estompa.


Les choses se précisent et je cerne un peu plus ce monde fantastique. cette partie est fluide et se lit bien.
à bientôt pour la suite
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Cécile
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Jeu 2 Fév - 19:43

Chapitre 6 : Nuit


Dans la dernière pièce qui possédait encore un toit, nous étendions nos paillasses à la lumière de la pleine lune. À travers l’ouverture béante percée par le mur effondré, Louksna projetait sa clarté diaphane sur les dalles froides accueillant les orphelins.

J’aperçus enfin la tête rousse et la menue silhouette de June dans la basse-cour. Elle donnait des coups de pied rageurs dans des cailloux. Elle m’avait évitée toute la journée, fonçant d’une tâche à l’autre dès que je l’approchais.

Un coude s’enfonça dans ma côte.

— Va lui parler ! m’ordonna Clair-Ance pour la énième fois de la soirée.

Notre chef bordait et embrassait les jeunes de la tribu, tandis que je faisais de la place pour les plus âgés en poussant les décombres sur les côtés et réprimant des grimaces de douleur, aidée des jumelles. En secouant la tête, je répliquai :

— Elle…
— … t’évite, je sais. Va lui parler, insista Clair-Ance d’une voix douce mais sans appel.

Je lui adressai un pâle sourire, elle me serra contre sa poitrine.

— Bonne chance, murmura-t-elle.

Elle ne faisait pas seulement allusion à mes adieux avec June. C’était sans doute la dernière fois que je la voyais avant fort longtemps.

Shaïna finit de rembourrer un oreiller et vint m’enlacer à son tour.

— Pas de présage ? plaisantai-je.

Elle secoua son petit minois navré. Ses yeux noirs en amande s’emplirent de larmes. Anyouka se joignit à nous.

— June n’attend que toi. Il y a assez de bras pour les derniers préparatifs.

En vérité, seules mes amies et moi étions encore debout. Les aînés avaient fini par sombrer aux côtés de leurs cadets, éreintés par tant d’épreuves. Je serrai fort les deux têtes brunes contre moi.

— Dormez. Que Gaa-Awya vous protège.

Puis mes bottes claquèrent sur le pavé avant de se faire plus discrètes sur la terre sèche de la basse-cour. Koshibé chargeait les dernières armes sur une charrette, un œil sur sa compagne et ses sœurs.

— Prends-soin d’elles… de tous.

Avec mon départ, Koshibé devenait le membre le plus aguerri de la tribu. Elle opina légèrement du menton et m’adressa un sourire ténu.

June marmonnait en s’adressant à la lune.

— Je ne t’interromps pas en pleine conversation avec Louksna, j’espère ?

La petite rousse me fusilla du regard et partit en direction des ruines de la ferme. Je la retins par le bras.

— June…

Elle me fixa de ses prunelles violettes orageuses.

— Tu as toutes les raisons de m’en vouloir, avouai-je, mais…
— Non, aucune, en fait, dit-elle sur un ton exaspéré.
— Alors... ? fis-je, étonnée.
— C’est à moi que j’en veux. De ma réaction puérile. Ne même pas être capable de te dire au revoir.
— Tu vas devoir planifier l’avenir du groupe toute seule désormais. Si tu ne réagissais pas comme ça, tu serais irresponsable.
— Tu vas me manquer, Dwen.
— Et à moi donc !

Nous nous jetâmes dans les bras l’une de l’autre. Puis, au bout d’un moment, je lui lançai, sur un ton malicieux :

— Alors, qu’est-ce qu’elle te racontait, Louksna ?
— Je lui demandais si je devais emmener la troupe là où elle sera utile…
— Tu veux dire sur le front ? m’inquiétai-je.
— La guerre est arrivée jusque-là. Il n’y plus aucun endroit où l’on puisse lui échapper. Alors autant aller la boucler.

Je ne pouvais pas la contredire, mais mon cœur se serra d’angoisse.
Sans un mot, nous contemplâmes les étoiles à la recherche de réponses.


Quand je fermai mes yeux ce soir-là, je retins mon souffle, redoutant et espérant à la fois me réveiller dans le froid mordant de l’Atlantique Nord.

***


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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Jeu 9 Fév - 11:20

Chapitre 7 : Folk


— Tu vas enfin rencontrer mes deux plus vieilles amies ! lança Lucas avec enthousiasme, assis à côté de moi sur notre banc favori.

J’arrachai à grand-peine mon regard de l’immensité de l’océan. Celle que j’avais été impatiente de retrouver, c’était Gwenolé, la naufragée. Mon alter ego Dan éprouvait une amitié si profonde pour elle ! Malheureusement, mes paupières s’étaient ouvertes sur Terre, et je doutais de la revoir un jour. Son monde ne me semblait plus accessible. Pour l’instant.

Je soupirai en reportant mon attention sur un Lucas trépignant d’impatience comme un gosse un soir de Noël, et sur Selena, ma colocataire, qui gloussait en triturant l’un de ses sourcils ‒ habitude que je partageais, assez curieusement.

Elle n’avait cessé de me répéter que je voulais « garder Lucas pour moi toute seule ». Certes, c’était agréable d’avoir un talentueux partenaire à chaque danse des festivals néo-folk, mais de là à insinuer que...

Selena me jeta un grand sourire espiègle. Je lui lançai le pan de mon foulard à la figure tandis que Lucas avait la tête ailleurs. Elle évita mon attaque soyeuse, puis se leva et attrapa son sac.

— Je file en cours, les jeunes ! À ce soir, coloc !

J’observai ce torrent de boucles d’ébène s’engouffrer dans la faculté. De mes six longues années passées dans ces bâtiments, elle était la seule amie que j’avais gardée. Mais l’amitié de Selena Scott m’était plus précieuse que celle d’une demi-douzaine de camarades d’université de circonstance.

— Vous vous êtes ratées de peu, début juillet ! renchérit Lucas en se frottant les cuisses. Elles étaient au premier festoche !

Celui où nous nous sommes connus…, me rappelai-je, les paupières mi-closes pour mieux savourer ce souvenir.
La soirée de notre rencontre était gravée dans mon corps.

Accoudée à la scène d’une grande salle de bal, je suis transportée par la mélodie enivrante. Mes yeux se régalent de la passion qui anime les musiciens, mes pieds fourmillent, mes hanchent ondulent. Quand le groupe commence une mazurka, à mon plaisir de l’écoute succède le besoin urgent de m’incarner sur ma danse préférée. À la recherche d’un partenaire, je tourne la tête à droite, à gauche. Nos regards se croisent. D’un même élan, nous nous dirigeons l’un vers l’autre. Un seul sourire suffit pour nous inviter, nous esquissons quelques glissés vers le centre du parquet.

Nos corps se rapprochent, nos doigts se joignent, nos pieds s’entrelacent. Nos yeux se ferment et de profondes inspirations soulèvent nos poitrines à l’unisson. Nous sommes agréablement détendus. Un délice, déjà.

L’accordéon achève l’introduction. La main de mon partenaire s’affermit dans mon dos ; j’exerce une pression soutenue dans le bas de sa nuque.

Puis tout son corps m’entraîne. Il entend le rythme et traduit les phrasés dans ses mouvements. La mélodie n’est bientôt plus une musique à suivre, mais une toile sur laquelle dessiner nos arabesques. Mes sens s’affûtent pour mieux percevoir les moindres inflexions de ses bras, son buste, son bassin. Puis mon mental décroche. Mes jambes suivent d’elles-mêmes les siennes. Je ne pense plus, je ne danse plus, je deviens sensation pure. Pour la première fois, je m’abandonne dans les bras d’un étranger. Tout est juste, ici et maintenant.

Nos mains se détachent bien après la dernière note. Nous échangeons un regard plein d’étonnement, d’émerveillement et de déception que ce soit déjà fini. Le nouveau morceau n’offre pas la même magie.

— Tu as faim ? propose-t-il d’un ton qui se veut léger. Je devrais trouver quelques raisins secs dans mon sac !
— Avec plaisir !

Je ne vais pas laisser échapper de sitôt ma perle rare. Je ne maîtrise ces pas que depuis peu, et pourtant nous venons d’accomplir une œuvre d’art exceptionnelle.

Nous discutons pendant plus d’une heure, nous interrompant pour exécuter d’autres mazurkas. Dans ses bras, j’ai l’impression de faire l’amour. Pas littéralement, mais tout mon être éprouve une telle jouissance des sens ! Mes sensations sont partagées, le langage de son corps me le dit.

Quand le groupe est remplacé par le suivant, nous nous quittons d’un simple « À plus ! », certains de nous revoir. Je m’en vais le cœur léger.

Quelques heures plus tard, après avoir papillonné de plateau en plateau, je le retrouve avec surprise sur une scène. Il fait vibrer son accordéon avec une grâce qui m’émeut. Ses doigts sveltes flamboient de dextérité et de souplesse. Je les regarde inlassablement parcourir les touches de son instrument...



Le lendemain, la magie était rompue. La communion qui nous avait transcendés la veille avait laissé place à une certaine distance de sa part. Il me raconta que deux de ses amies venaient de partir pour deux mois de vacances. Il en parla avec beaucoup d’affection, et même passion pour l’une d’entre elles. Je n’avais pas rêvé notre coup de foudre artistique, mais il n’avait pas frappé une terre vierge. Celle-ci était déjà habitée par un amour inavoué, que les lueurs du jour avaient arraché à l’oubli de la nuit précédente.

Toutefois, je ne regrettai pas la relation qui se développa ensuite entre nous. Ayant déniché en l’autre un partenaire hors-pair, nous enchaînâmes les plateaux, et discutâmes à bâtons rompus entre les danses.

Cependant, je ne nous sentais pas aussi proches que je l’aurais souhaité. Une barrière subsistait. Était-elle due à la jeunesse de notre amitié ? Lucas n’érigeait pas de mur entre nous, mais certains recoins de son être restaient mystérieux, tant pour lui-même que pour moi.


Mes réflexions stoppèrent net quand deux étudiantes fondirent sur Lucas et se jetèrent à son cou. Lorsque je découvris leurs visages, je restai figée, les bras ballants de stupéfaction.

Je reconnus d’abord Magaly, danseuse rousse au teint blanc et yeux bleu-vert pétillants, que j’avais rencontrée le même soir que Lucas. Entre nos mazurkas et sa prestation sur scène, j’étais tombée sur cette fille toute menue, à l’allure de moineau, virevoltant de danseur en danseur. Je l’avais invitée dès que je l’avais repérée. Nous ne nous étions plus quittées pendant deux longues heures où nous avions enchaîné tout notre répertoire.

Magaly me reconnut elle aussi et me gratifia d’un large sourire, sans étonnement. Après tout, le milieu du folk était assez petit et quand on y rencontrait quelqu’un, on se trouvait toujours une dizaine de connaissances en commun.

Celle qui m’interdit, ce fut la seconde fille, celle dont Lucas me parlait avec ardeur depuis deux mois.
La Gwenolé de Dan ! Celle que j’avais aperçue devant la salle de piano !
Après avoir salué Lucas avec plus de retenue que son amie, elle me détailla de ses pétillantes prunelles marron que surmontaient de fins sourcils expressifs. Une cascade de cheveux blond foncé les encadrait. La rondeur débonnaire de son nez contrastait avec ses lèvres pincées et son visage carré. C’était bien la fille du troisième univers !

Alors que je pouvais désormais contempler ses traits de plus près, la vague impression qui m’avait saisie lors de notre première rencontre dans ce monde, sur l’air de piano, s’intensifia. Son expression comportait quelque chose de familier, comme si ce n’était pas seulement dans l’autre réalité que nous étions apparentées.

— Eh, la fille du piano ! s’écria-t-elle d’un large sourire. Trop fort ! Tu es la danseuse de Lucas alors ? Jolie coïncidence !

À ce rythme-là, ce n’est plus du hasard, ma vieille, c’est l’Univers qui s’emballe, pensai-je, éberluée. Mes pouvoirs de Feohtaria, l’attaque, le troisième monde, le retour d’Ar-Anrel, et maintenant ces filles… tout ça en l’espace d’une semaine ! Tout était lié ! Mais comment ? Et pourquoi ?

— Et ma danseuse aussi ! ajouta Magaly. Double coïncidence ! Comment ça, « la fille du piano » ?
— On s’est croisées hier sur un air à couper le souffle. Comment ça, « ta danseuse » ?
— Tu sais, la fille que j’ai rencontrée au festival début juillet. Je t’en avais aussi parlé, Luc, juste avant que tu montes sur scène. Je n’aurais jamais deviné que c’était le coup de foudre que tu venais de me confier ! s’exclama la petite rousse en donnant une grande tape dans le dos de son ami.

Lucas et moi rougîmes aussitôt, mais sûrement pas pour la même raison ; moi à l’idée que Lucas ait pu discuter de moi avec Magaly comme d’un coup de foudre, lui probablement de peur que son béguin blondinet ne croie qu’il en pinçait pour moi.

— Coïncidence... tu ne crois pas si bien dire ! m’empressai-je de couper avant de me tourner vers la grande blonde. J’ai rêvé de toi la nuit juste avant qu’on se rencontre !

Euh… je viens vraiment de dire ça à une parfaite inconnue ? Allez, au point où on en est...

— Ah oui ? fit l’intéressée en esquissant une moue dubitative. Et c’était sympa ?
— On avait remonté le temps pour sauver un paquebot légendaire, déclarai-je sur un ton faussement pompeux.

Mais qu’est-ce que je suis en train de débiter ? Mon cerveau avait vraiment chaviré.

— Waouh... faut que tu me racontes !

Ok, cette fille est aussi barrée que moi. Tout va bien.

— Au fait, moi c’est Gwenaëlle !
— Et moi Dya. Je m’appelais Dan dans mon rêve, et toi Gwenolé.

Elle éclata de rire.

— Trop fort. Mais c’est quoi, ça, Dya, comme prénom ?

Sa désinvolture était rafraîchissante.

— Euh, celui que mes parents biologiques m’ont donné à ma naissance.
— Mais qu’est-ce qui leur a pris ?

C’était bien la première fois qu’on me posait la question de cette manière-là.

— Je ne sais pas, je ne les ai jamais connus ! soufflai-je, surprise et amusée.
— Ah... Désolée... Bon, revenons-en à ton rêve ! s’exclama-t-elle avec entrain en me saisissant le bras.

Elle m’entraînait déjà vers la plage. Abasourdie, je n’eus que le temps d’apercevoir le sourire amusé de Magaly devant cette prompte entente, et l’air perplexe de Lucas qui avait dû fantasmer des retrouvailles plus romantiques avec son amour secret.


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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Jeu 9 Fév - 13:51

J'ai lu ton chapitre 5, c'est très agréable à lire.
J'ai aimé le passage assez sensuel de la Mazurka.

Les questions et explications m'ont évoquées des séances de "constellation ". (Systemie familiale ) Celle qui les organise est persuadée que l'on partage tous une mémoire commune. Cette mémoire remonté à la création du monde...
"je n’avais conservé qu’elle pour tout ami." est-ce qu'il ne faut pas accorder ami en amie ?
"Magaly nous dévisagea comme deux frénétiques" je suis pas sûre que l'adjectif soit bien approprié, pour moi c'est plutôt associé à un mouvement. Merci pour ce moment d'évasion.
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Jeu 9 Fév - 14:04

Chapitre 8 : Sœurs
« Espoirs élégiaques
Élevez-vous du lac. »
Ode 8 des Murmures de Terre-Mère

Alors que Gwenaëlle me demandait des détails sur mon voyage onirique, je tombai sous son charme. Drôle, passionnée de symbolique des rêves, elle me donna envie de me confier. Ce sentiment me donna le vertige. Mes confidences à Lucas, le mystérieux Yfel, Gwenolé et Gwenaëlle… tout allait trop vite.
Pourtant, le besoin de partager avec elle fut plus fort. Je devais savoir ce qu’il y avait entre nous. Je tâtai d’abord le terrain comme je l’avais fait deux mois auparavant avec Lucas : sur un ton humoristique, en lui décrivant mes aventures comme des songes.

Mais Gwenaëlle décela dans mon aventure en Atlantique Nord et mon réveil sur Gaa-Awya des dimensions bien réelles, et me poussa dans mes retranchements avec des questions pointilleuses. Mon cerveau s’échauffait entre deux réponses. Pourquoi un tel intérêt de sa part ? Pourquoi ce désir de tout avouer si vite de la mienne ? Nous ne nous connaissions que depuis quelques minutes ! Enfin… quelques ?

Pour l’instant, nous n’avions partagé qu’un moment dans un océan glacial, mais je lisais sur son visage comme dans mon cœur que nous avions déjà vécu beaucoup plus que cela ensemble. Et si nous étions connectées, à un niveau subconscient, à un univers parallèle où nous étions inséparables ?
Je finis par me lancer.

— En fait… tout ce que je viens de te dire… ce ne sont pas des rêves, mais des voyages dans des dimensions parallèles.

Je retins ma respiration. Je m’attendais à une explosion de rire, puis une heure de discussion, entre stupéfaction, déni et inquiétude, comme avec Lucas.
Gwenaëlle écarquilla les yeux, la bouche en O, puis s’exclama :

— Je le savais !

Elle m’apprit qu’elle était depuis des années une inconditionnelle des vies parallèles ou antérieures. Euh… Incrédule, je décrochai ma mâchoire et secouai la tête, comme frappée par une stupidité foudroyante. Entre cette conversation et les Yfels… Quel était le monde le plus dingue ?
Gwenaëlle rit de mon étonnement, rationalisa cette incroyable coïncidence en expliquant que ce n’en était pas une et me posa beaucoup de questions.

— Ce qui m’intrigue, c’est que ton autre univers... comment tu l’appelles...
— Gaa-Awya.
— … Gaa-Awya, ressemble à des mondes déjà dépeints par des écrivains ou des scénaristes. On y retrouve l’absence d’électricité et de toute la technologie qui en découle dans notre civilisation, sans parler des pouvoirs magiques, des morts-vivants...
— Ça ne m’avait pas échappé, figure-toi. Mais j’ai ma petite théorie à ce sujet, fis-je en levant un doigt.

Gwenaëlle dressa une oreille attentive tout en tâtant l’eau de la pointe du pied.

— Soit c’est une vie antérieure que je me remémore quand je m’endors ici. Dans ce cas, ça me paraît tout à fait logique que d’autres personnes se rappellent leurs précédentes incarnations, dans leurs rêves ou à travers leur imagination. On pourrait supposer que leur inspiration prend source dans leur subconscient, dans leurs souvenirs enfouis, et que les auteurs de livres ou de films les convertissent en ce qu’ils croient être de simples fictions.

Gwenaëlle hocha la tête, convaincue.

— Soit c’est plutôt dans un plan parallèle que je me réveille. Dans ce cas, j’imagine que les écrivains et scénaristes sont connectés à leurs doubles, à un niveau moins conscient que moi. Ils pensent inventer des histoires alors qu’en fait ils décrivent ma dimension, selon leurs propres perceptions et créativité. D’où l’impression de déjà-vu que tu as peut-être quand je te dépeins Gaa-Awya ?

Gwenaëlle opina du menton en soulevant sa jupe longue et fis quelques pas dans l’océan.

— Il doit y avoir une part de réécriture de ce que se rappellent ces artistes à leur réveil, complétai-je. Ils peuvent aussi être connectés à des alter ego vivant dans des pays ou continents de Gaa-Awya éloignés les uns des autres et donc peu semblables.

Je glissai les pieds dans l’eau et nous marchâmes le long du rivage.

— Mais à vrai dire, ajoutai-je, je pencherais plutôt pour une troisième hypothèse. Il doit y avoir au moins autant de mondes différents que de bouquins et de films.

Gwenaëlle plongea la main entre ses pieds et en ressortit une palourde.

— Je ne suis consciente que d’un seul de mes univers parallèles, poursuivis-je. Pourquoi celui-là ? Je ne sais pas. Je me demande la même chose quand je suis sur Gaa-Awya. Pourquoi je suis connectée à cette Dya ? Qu’est-ce qu’elle m’apporte ?

Je fouillai à mon tour la vase à la recherche de coquillages.

— Je suppose qu’un grand nombre de dimensions doivent être très semblables à Gaa-Awya, et d’autres à cette Terre, comme celle sur laquelle j’étais Dan et toi Gwenolé. On portait les mêmes vêtements, on partageait les mêmes événements historiques... À la différence qu’on pouvait voyager dans le temps ! Notre monde ici et Gaa-Awya pourraient appartenir à une palette d’univers qui comporteraient plus ou moins de magie ?

Gwenaëlle approuva d’un hochement de tête.

— À mon avis, d’après ce que tu me décris, il s’agit plutôt de vies parallèles que de vies antérieures. Autrement, comment tu expliques que parfois tu es appelée à te réveiller dans le corps de Dwenya ? Un souvenir n’a pas besoin de toi ! s’exclama-t-elle en sautant à pieds joints dans l’eau.

Nos jupes furent trempées. Riant de bon cœur, j’essayai de l’éclabousser à mon tour encore plus fort, avant de réfléchir à haute voix :

— Ce n’est peut-être pas l’existence de Dwenya qui est antérieure ? repris-je. Mais plutôt celle-là ? Dans un cas comme dans l’autre, si on imagine que l’âme ou l’esprit ou je ne sais quelle essence se transmet d’incarnation en incarnation, mon subconscient ressentirait parfois le besoin impératif de me faire connaître un pan de mon passé... ou de mon futur !

Gwenaëlle haussa les épaules, peu convaincue.

— Une précision, Dya, dans cette vie comme dans l’autre, les journées durent vingt-quatre heures, non ?
— Oui, bien sûr.
— Pourtant, tu dois dormir environ huit heures par nuit ici. Ça veut dire que dans ton autre univers tu es éveillée huit heures et tu dors les seize heures restantes ? Tu ne peux pas être éveillée dans les deux dimensions à la fois ? dessina-t-elle de ses mains, me faisant penser à ma propre gestuelle.
— C’est exact. Et pourtant, même si je n’ai pas de montre sur Gaa-Awya, j’ai l’impression d’y dormir environ huit heures et d’y être réveillée seize heures comme sur Terre.
— Comme si le temps qui s’écoulait dans le monde où tu étais réveillée se dilatait par rapport à celui du monde où tu dors ?

Cette fois, ce fut moi qui haussai les épaules. J’avais cessé de me poser ce genre de questions depuis des années.

— Ça me rappelle un peu ces rêves qui semblent durer plusieurs heures, réfléchit-elle, alors qu’en fait ils ont tenu dans une courte phase de sommeil paradoxal. Et puis le temps ne doit pas s’écouler de la même manière dans tous les plans !
— Euh... Oui ! lui fis-je confiance.

La scientifique, c’était elle !

— Tout de même, si je décide de prolonger ma soirée dans un univers, je suis bonne pour une grasse matinée dans l’autre. Mes compagnons de route n’en ont pas toujours été ravis !
— Logique ! Et comment tu expliques que quand c’est le jour sur Terre c’est la nuit sur Gaa-Awya ?
— À un moment j’avais imaginé que Dya et Dwenya habitaient à deux endroits opposés de la planète. Mais ce n’est pas le cas. Les saisons ne sont pas inversées dans mes deux mondes.
— Mouais... De toute façon, là encore, ça pourrait s’expliquer par la relativité restreinte.

Cette fois, elle m’avait perdue. Nous poursuivîmes notre balade en bord de mer, moi profitant du contact de l’eau, elle réfléchissant à la logique de mes mondes.


Lorsque nous rejoignîmes la troupe, Gwenaëlle tenta de relater à son tour mon histoire à son amie, mais Magaly nous dévisagea comme deux folles et coupa court à la narration de la grande blonde :

— Disons que ce délire de mondes parallèles sera votre truc, et que Dya et moi on partagera notre passion de la danse.

Après un fou rire général, nous changeâmes de conversation. J’entrevoyais avec réjouissance les prémices d’une nouvelle tribu. Le jour où je perdais mon autre famille... Ce synchronisme me soufflait que je me trouvais à un tournant de ma vie... de mes deux vies.


Quand mes compagnons regagnèrent leurs cours, je pris le chemin des montagnes. Alors, pour la seconde fois, j’entendis le magnifique air de piano. J’en percevais désormais les paroles dans ma tête. Faisant demi-tour, je marchai d’un bon pas en direction de mon appartement. Une fois arrivée chez moi, je couchai sur le papier ces mots qui racontaient peut-être mon passé, mon présent ou mon avenir. Ou ceux de Dwenya ? Avant de m’assoupir toute habillée dans mon lit, mon poème serré sur ma poitrine, j’écoutai les rimes des Sœurs du Lac résonner dans tout mon être.

***


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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Jeu 9 Fév - 14:11

Chapitre 9 : Océan
« Frémissements des corps
Des cœurs en chœur encore »
Poèmes pour Les Enfants de la Terre, IX


Les premières lueurs de l’aube commençaient tout juste de poindre lorsque je me levai sans bruit. Au milieu des poutres calcinées, je ramassai mon sac et mon Bast, puis me glissai dans la fraîcheur matinale. Dans la cour, nulle trace de la bataille qui avait sévi l’avant-veille, seulement les charrettes prêtes pour le départ de mes compagnons.

Les créatures de Wis s’étaient évaporées au moment même où nous les avions vaincues. Certaines légendes rapportaient que ces êtres démoniaques étaient, à l’heure de leur seconde mort, libérés de la magie noire. Ils retrouvaient alors leur Sawol, leur âme, et rejoignaient notre Terre-Mère.

Je passai par le petit cimetière que nous avions improvisé après la bataille. Au-dessus de chaque tombe, un morceau de granit rose, gravé d’un nom. J’effleurai les stèles de tous ceux qui s’étaient battus à mes côtés au cours de ces onze dernières années, parcourant la Contrée Sombre à la poursuite des Yfels qui avaient massacré leurs familles. Ils n’avaient été pour la plupart que des adolescents sans enfance, laissant derrière eux de jeunes frères et sœurs dont le destin tout tracé leur ferait suivre la voie de leurs aînés. Seul le pressentiment qu’un changement se préparait m’aidait à quitter mon clan. Ma lutte leur permettrait peut-être d’échapper à ce sort funeste.

Je rejoignis Ar-Anrel qui m’attendait à l’orée du bois et jetai un dernier regard vers mon foyer, où dormaient encore celles et ceux que je ne reverrais probablement jamais.

Un timide chant de moineau accompagna le premier rayon de soleil. Je tournai le dos à mon passé et m’engouffrai dans la Forêt de Keshwan. Là, pour la première fois, mon cœur ne parvint plus à se nourrir du bruissement des ruisseaux, du murmure des branches et des mélopées aériennes.

***

Une main s’empara de mon épaule. Je l’attrapai avant même de m’éveiller, puis j’ouvris les yeux sur le regard amusé de Selena.
Je lâchai son poignet sans mot dire.

Prétexter un cauchemar ne servait à rien, elle se doutait depuis des années qu’il se tramait autre chose. Elle me témoignait seulement, de sa présence discrète, son soutien sans faille, sans poser de question. Je la suspectais de connaître ma double personnalité : elle avait dû entendre plus d’une conversation avec Lucas sur mes aventures nocturnes. J’aurais pu lui en parler en toute confiance, certaine qu’elle me croirait sur parole, la sachant passionnée par le surnaturel. Toutefois, dès le début de notre amitié, j’avais ressenti le besoin de garder pour moi cette partie de mon histoire. Lucas avait été le premier à faire naître l’envie de partager ma singularité. J’arrivais à un tournant de ma vie où la nécessité de découvrir pourquoi je voyageais entre deux univers s’intensifiait.

J’adressai à Selena un sourire d’excuse, m’habillai en toute hâte puis attrapai une pomme et une poignée d’amandes pour profiter de la route en sa compagnie jusqu’à l’université.

Là, j’empruntai le sentier qui conduisait au cœur de la falaise surplombant l’océan. Le chemin, vertigineux, semé de pierres roulantes et entravé de buissons épineux, n’était guère fréquenté. Il menait pourtant à une petite cavité dans la roche, située à mi-hauteur entre l’étendue d’eau et le sommet du promontoire. Un lieu idéal pour contempler l’océan, et écrire mes mémoires au son du roulement réconfortant des vagues.

Ar-Anrel m’avait incitée à rédiger des chroniques dès mon plus jeune âge. Pour instruire les générations futures, disait-il. J’avais décidé d’en faire de même ici, espérant un jour partager mon incroyable expérience et lui donner sens. Je n’en avais pas fait lire une ligne à Lucas, car mes comptes-rendus du début étaient vite devenus des journaux intimes, que je n’étais pas prête à lui dévoiler. Néanmoins, une voix tout au fond de moi désirait être écoutée par quelqu’un, quelqu’un de bien particulier, qu’elle semblait attendre depuis une vingtaine d’années.

Alors que j’apercevais enfin mon antre au loin, j’y discernai une forme inconnue. Mon repaire abritait la méditation d’un autre rêveur solitaire. M’approchant silencieusement, je pus enfin le détailler.

Mon cœur manqua un battement.
Non ! Impossible !
Lui !
Les planètes devaient être dans l’alignement du siècle !

Ses cheveux blond cendré me rappelèrent le brasier dans lequel nous nous étions rencontrés, ses traits fins m’assurèrent qu’il s’agissait bien de l’homme que j’avais entrevu avant de me faire attaquer par le Derk. Il ressemblait à cet être qui m’avait magnétisée, la noirceur et la puissance des Yfels en moins, une infinie douceur en plus. Ses yeux bleu nuit avaient perdu le chagrin et la pesanteur qui m’avaient auparavant glacé le sang. L’expression de son visage, son langage corporel, l’énergie qu’il dégageait, étaient méconnaissables. Il semblait avoir moins vécu, être plus serein.

C’était la première fois que je retrouvais le même visage sur Terre et sur Gaa-Awya ! J’avais attendu cet événement toute ma vie : un trait d’union entre mes deux réalités. La preuve que je n’étais pas seule. Que d’autres traversaient le temps, l’espace ou les dimensions parallèles entre mes jours et mes nuits.
Était-ce pour cela qu’il m’avait l’air si familier ? J’avais l’impression de le connaître depuis toujours... Peut-être parce que je l’avais si longtemps espéré. Toutefois, au milieu du champ de bataille, je ne savais pas encore que je le verrais dans les deux univers, et je m’étais déjà sentie liée à lui. À un niveau énergétique, vibratoire. Surnaturel. Je l’avais aussi lu dans son regard.

Je m’approchai, le cœur battant.
Quand il m’aperçut, une étincelle brilla dans ses yeux, mais avec beaucoup plus de légèreté que dans les miens. Puis il parut gêné, et je compris un peu tard que j’étais en train de le dévisager.

— Bonjour ! On se connaît ? demanda-t-il.
— Bonjour ! Mmh, je crois que j’ai déjà aperçu ton visage quelque part...
— Moi aussi ! Mais je ne sais pas où. Je débarque tout juste dans cette région, je n’étais jamais venu, et je ne me suis pas encore baladé... si ce n’est pour tomber par hasard ici. C’est époustouflant, cette vue !
— Oui, on se sent relié à l’océan... Moi aussi j’ai trouvé ce lieu par hasard, mais j’ai quelques années d’avance. Et je pense que nous sommes les seuls chanceux. Je n’ai jamais vu personne ici.
— Ah, désolé, je ne voulais pas voler ton repaire.
— Non, pas du tout ! Ça nous donne l’occasion de nous rencontrer… ou de nous retrouver ! m’esclaffai-je.

Ça y est ma grande, tu recommences à dire n’importe quoi. Tous ces gens qui déboulent dans ta vie en même temps te montent à la tête...

— Des réincarnations ? plaisanta-t-il.

L’étonnement me fit buguer une seconde.

— Aaron, fit-il en me tendant la main.
— Dya, répondis-je en la serrant.

Nous nous sourîmes comme deux gamins se racontant de bonnes blagues, et j’eus rapidement la conviction qu’il ne me reconnaissait pas dans cette dimension. Cela ne pouvait signifier qu’une seule chose : il n’était pas relié à sa vie parallèle.

La déception me percuta de plein fouet. J’accusai le coup. L’estomac retourné, j’essayai de faire bonne figure. Mais la boule au ventre ne me quittait pas. Encore seule ! Je restais seule dans ma double vie.
Puis une autre impression prit le dessus. Je n’étais pas simplement déçue. J’étais persuadée que ce n’était pas ce qui devait être. Il y avait quelque chose d’anormal dans son ignorance de Gaa-Awya. Je ressentais un blocage en lui. Oui, c’était ça, un blocage. Mais de quoi ? Le dépit fit place aux interrogations. J’avais l’impression de courir après un souvenir qui m’échappait à chaque fois que je l’effleurais. Son alter ego se trouvait là, quelque part, mais il en était étrangement coupé. Parce que c’était un Yfel dans l’autre réalité ?

— Je t’en prie, dit-il en désignant le sol et en se poussant un peu sur le côté.

Son invitation m’arracha à mes réflexions ; je m’assis, enserrant de mes bras mes jambes repliées comme lui.

— Qu’est-ce qui t’a amené ici ? demandai-je. Les études ?
— Non. L’océan ! Je bosse en ce moment sur des dessins au fusain sur ce thème.

Je remarquai le carton à dessin à ses côtés.

— Ah, je te dérange dans ton travail alors ? fis-je, contrariée, en commençant à me relever.
— Non, non ! s’exclama-t-il en posant une main sur mon genou. Pour l’instant, j’en suis juste à la phase d’observation. Je m’imprègne des lignes du paysage, des couleurs, des courbures des vagues. Et je peux très bien faire ça en discutant. Reste, au contraire, ça me fait plaisir !

Une chaleur me monta aux joues.

— Tu as des esquisses que tu pourrais me montrer ? m’enquis-je d’un mouvement de menton en direction de son carton.

Aaron le cala sur ses cuisses et tourna lentement les grandes feuilles. J’admirai en silence les courbes des mouettes, des nuages et des vagues, l’allure des bateaux de pêche, des falaises et du phare.

Il m’interrogea sur mes centres d’intérêt, mon métier. Je lui parlai des cours de danse que je donnais, en attendant de trouver ma voie. Puis la conversation prit une tournure moins conventionnelle pour deux inconnus. Nous parlâmes sans relâche de nos passés, idéaux et aspirations, et ne nous aperçûmes de l’heure qui filait que lorsque nos estomacs crièrent famine.

Nous nous rendîmes au port pour y dénicher un casse-croûte que nous partageâmes devant les voiliers et les cormorans. L’après-midi nous offrit une balade sur la plage jusqu’à une petite crique où Aaron tenta de m’initier à la pêche à mains nues. Puis nous remontâmes jusqu’à notre sanctuaire pour assister, silencieux, au déclin du disque rougeoyant sur les ondes de l’immensité. Affamés, nous nous précipitâmes chez moi pour avaler le contenu de mon frigo. Nous étions toujours en train de discuter comme si nous nous étions connus toute notre vie, quand les appels d’Ar-Anrel depuis Gaa-Awya ne souffrirent plus d’être ignorés.

***


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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Dim 19 Fév - 15:27

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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Dim 19 Fév - 17:57

Allez, il faut en parler ! fleur

Moi je le fais mais en off...
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Ven 24 Fév - 12:00

j'ai lu ce chapitre 6 Cécile,
On avance à petit pas, et je ne me souviens plus qui est ce personnage qu'elle reconnait près de la grotte sur la falaise. à part ça c'est toujours agréable à lire. on aprend qu'elle rédige des chroniques dans les deux mondes, que cet homme nouveau venu ne la laisse pas indifférente.
à bientôt pour la suite. Very Happy
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Sam 25 Fév - 21:50

le mec de la falaise (aaron) c'est le double de l'yfel qui se détache du lot dans la mêlée et qui semble avoir une âme au chapitre 1
merci pour ta lecture et ton commentaire Smile

dis-moi, es tu gêné ou aidé par les polices différentes selon les mondes ?
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Sam 25 Fév - 21:56

Chapitre 10 : Contrées


Dès que j’ouvris les paupières, Ar-Anrel cessa de me secouer et se trouva sur le chemin en une fraction de seconde. Un lièvre et un filet de châtaignes étaient accrochés à sa taille. Il était allé me chercher à manger pour partir dès mon réveil.
Je m’étirai. La rosée matinale avait déposé ses fraîches gouttelettes sur mes joues rougies de froid, que le soleil réchauffait péniblement.
Je roulai ma maigre couverture, la fixai à ma ceinture, et courus rejoindre l’Yfel qui disparaissait déjà à un tournant.

Le souvenir des pérégrinations en compagnie de mon ancien formateur demeurait lointain, et pourtant encore douloureux. Il n’y avait jamais eu, dans mon enfance, l’esprit d’aventure, d’exploration, d’odyssée que m’avaient fait partager Clair-Ance et sa bande d’orphelins. Je retrouvai avec grand regret la monotonie de la compagnie d’Ar-Anrel.

En une semaine, nous échangeâmes peu de mots, même si j’étais curieuse d’apprendre ce qu’il avait vécu cette dernière décennie. Trop de blessures nous empêchaient d’ouvrir nos cœurs, enfermés dans les rôles que nous avions joués pendant treize ans : ceux d’un soldat et de son commandant. Sur son visage fatigué et fuyant, je devinai son regret de ne jamais avoir été un père, face à la femme qui avait fait le deuil de ne pas avoir été sa fille. Cependant, j’étais une adulte désormais. Les rapports d’autorité avaient basculé, et nous ne savions plus du tout ce que nous représentions l’un pour l’autre.

Le premier jour de notre périple, j’étais restée aux aguets, bon prétexte pour ne pas engager la conversation. Les Forces de Wis à mes trousses, le silence était le meilleur moyen de leur échapper. Les jours passant, ne percevant aucune menace, nous en avions convenu que les Yfels attendaient sans doute notre sortie de la forêt de Keshwan. Ils s’aventuraient rarement dans la Grande Forêt : ils n’y étaient pas à leur avantage, ne pouvant profiter de leur rapidité surnaturelle aussi bien que dans les plaines. Ils étaient moins doués que moi pour grimper dans les branches, les vibrations des gigantesques végétaux reliés à l’Arbre-Sacré amoindrissant leurs pouvoirs.

Nous pûmes donc relâcher notre attention quelques jours. Ma mission et les batailles qui se profilaient à l’horizon venaient parfois obscurcir mon esprit, mais je tentais de le remplir d’idées ressourçantes. Alors que j’avais jusque-là passé toute ma vie sur Terre à rêvasser de Gaa-Awya, je meublais cette fois mon périple dans ce monde avec les agréables pensées dont me nourrissaient mes journées avec Aaron. La frugalité de mes repas ou la maigreur de ma couverture nocturne m’importaient peu : j’étais rassurée de pouvoir rejoindre mon nouvel ami en fermant les yeux sur une dure après-midi de marche harassante.

Le huitième matin, Ar-Anrel m’annonça que nous devrions retrouver le lendemain mes trois futurs compagnons : la Medyatria détentrice de mon Invincibilité, la puissante magicienne susceptible de me rendre mon pouvoir, et un troisième Fyrstan, dernier membre d’un trio inséparable. Comme à son habitude, Ar-Anrel s’efforçait de ne laisser paraître aucune émotion, mais je savais encore lire les expressions de son visage et le langage de son corps. Il semblait troublé, et je brûlais d’impatience de découvrir pourquoi.

Nous étions sur le point de sortir des immenses bois de Keshwan qui séparaient les deux Contrées. Ces onze dernières années, je n’avais jamais quitté la Contrée Sombre, patrie des Communs envahie par les Yfels au cours des siècles passés. De l’autre côté de la Forêt se trouvait la Contrée Sauvage, territoire fréquenté par les Forces de Wis depuis quelques années seulement. Elle abritait une population moins dense, réputée pour posséder des dons parapsychiques et vivre en harmonie avec la nature : les Fyrstan.
J’attendais avec impatience d’apercevoir les paysages dont Clair-Ance m’avait conté la beauté insolite. Je ne me rappelais pas avoir déjà visité ce pays. J’y avais séjourné mes premières années avec mon père adoptif qui y avait cherché une aide pour m’élever quand je n’étais qu’un nourrisson. Puis il m’avait emmenée dans la Contrée Sombre dès que j’avais su tenir une arme pour me confronter aux Yfels.

— Que sais-tu de la Contrée Sauvage ?

Perplexe, je dévisageai Ar-Anrel. C’était la première conversation qu’il amorçait depuis le début de ce périple.

— Ce que tu m’en disais il y a dix ans. On n’y redoutait pas les attaques des Yfels. Un havre de paix.
— Sais-tu pourquoi les armées de Wis épargnaient cette région  ?

Je lui lançai un regard oblique. Pourquoi se mettait-il à jouer au professeur avec moi ? Cela me rappelait ses leçons dans ma jeunesse. Je haussai les épaules. Autant se prêter au jeu, je verrais bien où cela nous mènerait.

— « Tant que tu ne seras pas en proie aux peurs qui affaiblissent les Communs de la Contrée Sombre, les Yfels n’auront aucune emprise sur toi, parce qu’ils se nourrissent de la frayeur de leurs victimes » récitai-je. Je me souviens aussi que tu parlais de Fyrstan moins terrorisés que les Communs.
— C’est certain. Et puis les Fyrstan avaient les moyens de repousser les quelques raids que les créatures de Wis osaient tenter en Contrée Sauvage.
— Des pouvoirs particuliers.
— Oui.

Nous avions peu abordé ces questions dans mon enfance, et ma tribu était peu au fait de ces sujets. Je devais profiter de l’inhabituelle logorrhée de mon ancien tuteur.

— De la même source que la Force des Feohtarias, si je me souviens bien ?
— On peut dire cela.
— D’ailleurs, les Feohtarias sont Fyrstan ?
— Pour la grande majorité, oui.

Un bruissement de feuilles interrompit notre conversation. À l’affût d’un oiseau pour le dîner, je levai la main pour attraper une flèche de mon carquois. Comprenant mon geste, l’Yfel stoppa sa marche. Un couple de faucons s’envola. La faim laissa place à l’émerveillement devant ces majestueux rapaces. Alors que nous suivions leur course des yeux, nous reprîmes notre route.

— Rappelle-moi, d’où viennent les dons des Fyrstan ? demandai-je.
— Selon la Légende des Peuples, tous les Hommes de Gaa-Awya, qu’ils soient Yfels, Communs, Fyrstan ou Anggelones, descendraient d’êtres humains qui possédaient naturellement des pouvoirs que l’on qualifie aujourd’hui de surnaturels. Puis, à une époque très lointaine, un individu ou une fraction de l’humanité aurait basculé dans la violence et aurait converti ces capacités en une magie noire.
— À l’origine des Forces de Wis, devinai-je.
— Une seconde partie aurait complètement perdu ces facultés, c’est le cas de la plupart des habitants de ce monde, résidant en Contrée Sombre.
— Les Communs.
— Une minorité en aurait conservé quelques-unes. Ils vivent de l’autre côté de la Grande Forêt de Keshwan.
— Les Fyrstan, me doutai-je.
— C’est parmi ce peuple que se révèlent les Medyatrias relayant la Force des Feohtarias. Et tous les gens que nous connaissons avec des dons un peu particuliers viennent de la Contrée Sauvage.
— Comme Koshibé, Shaïna, Anyouka, June et Clair-Ance. Elles se sont rencontrées à la lisière de la Forêt de Keshwan. Elles venaient de communautés fyrstan attaquées par des Yfels. Les pouvoirs des armées de Wis commençaient à égaler tous les autres.
— Pas tous, objecta Ar-Anrel.

Je levai de nouveau mon poing. Désormais certaine d’avoir aperçu une ombre dans des buissons, je retirai doucement une flèche et mon arc de mon dos. Je le bandai, visai et lâchai l’empennage. L’animal hurla, tenta de s’envoler et s’effondra, la gorge transpercée. Tandis que je me dirigeais pour ramasser la perdrix, Ar-Anrel poursuivit.

— Il subsiste sur Gaa-Awya une petite poignée d’êtres humains qui ont préservé toutes leurs capacités originelles. Ils sont reclus dans une minuscule portion de la planète derrière les montagnes de Païri-Daēza, au nord-ouest de la Contrée Sauvage.
— Attends, répliquai-je en attachant l’oiseau à ma ceinture, tu parles des Anggelones, ces êtres mythiques dotés de pouvoirs psychiques et physiques, ces soi-disant descendants directs des premiers humains ?
— Ils ne sont pas mythiques mais bien réels.
— Mais ! Pourquoi les Fyrstan auraient délaissé une partie de leurs pouvoirs ? Et les Communs complètement ? De peur de mal agir avec ?
— C’est vrai que les Yfels qui possédaient des dons de leur vivant sont d’autant plus redoutables. Mais nos ascendants auraient perdu leurs capacités malgré eux, en fourvoyant une part de leur humanité.
— Comment ?
— Je ne sais pas. Mais je pense qu’en découvrir l’origine pourrait nous aider dans notre lutte.

***


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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Mar 28 Fév - 1:37

Sun et Mie, bonjour, j'aimerais juste savoir, comptez-vous lire le tome 1, attendez-vous la suite du tome 2, ou les lectures des Barrières ne sont-elles plus à vos programmes ? Bisous
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Mar 28 Fév - 9:55

Je t'ai déjà répondu en privé il y a quelque temps de ça, Cécile. Je n'ai pas le temps matériel pour relire sérieusement et consciencieusement en apportant mes commentaires et remarques au tome 1. Ceci étant, et je n'ai pas changé là-dessus, j'attends que tu postes ici le chapitre où j'en suis du tome 2 pour continuer ma relecture.
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Mar 28 Fév - 19:30

Je compte continuer la lecture du tome 2, par lequel j'ai fait connaissance avec ton histoire sur un autre forum. J'en suis au chapitre 5, si mes souvenirs sont bons. sunny Je crois que tu ne manques pas d'yeux acérés pour le tome 1, et j'espère qu'il se corrige / modifie à ton entière satisfaction. bounce
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Mer 1 Mar - 16:35

Merci @Mie et @Sunflower pour vos réponses.
Oui @Sunflower, tu en es au chapitre 5 du tome 2, il t'attend sur le forum sunny
@Mie, continuerais-tu présentement ta lecture du tome 2 si j'ouvrais un fil tome 2, 2e partie, ou préfères-tu laisser passer le temps que je poste les premiers chapitres (ce qui devrait mettre quelques mois ou années Laughing ) ? fleur
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Mer 1 Mar - 18:41

Citation :
j'attends que tu postes ici le chapitre où j'en suis du tome 2 pour continuer ma relecture.

fleur Tu es sur le tome 1, si j'ai bien compris. Prends ton temps.
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Mer 1 Mar - 18:44

Chapitre 11 : Liens
« Que d’intimes conquêtes
Au terme de ta quête ! »
Prophéties pour une Feohtaria, XI

Les paroles d’Ar-Anrel sonnèrent le glas de mon été sabbatique. Elles arrivaient à point nommé. J’avais coupé court à ma carrière universitaire pour trouver un autre sens à ma vie : répondre aux questions qui se multipliaient dans ma tête depuis des années, que ce soit sur la menace grandissante de Wis, ou sur l’effondrement vers lequel se dirigeait le système terrien. Sur Gaa-Awya, je ne pouvais effectuer de plus amples recherches sur l’origine de la magie noire, de la violence, de la perte des pouvoirs originels des Hommes. En revanche, ici, la gigantesque bibliothèque publique m’accueillerait à bras ouverts pour mettre en parallèle les périls qui guettaient mes mondes depuis des siècles et atteignaient leurs paroxysmes en même temps.

J’étais connectée à deux univers parallèles, ce don devait bien avoir une utilité. Jusque-là, je ne l’avais guère mis en pratique. Mais le vent avait tourné : je comptais bien l’exploiter au maximum désormais. Et si les maux de la Terre et de Gaa-Awya prenaient source dans les mêmes origines ? Trouver d’où l’on venait, comment on en était arrivé là, et comment s’en sortir : tout était lié.

Avec une certaine déférence pour l’imposant bâtiment, je montai lentement les marches, tout en admirant son porche soutenu par quatre colonnes blanches. Après avoir poussé l’une des splendides portes en bois ouvragé, j’empruntai sans hésiter l’immense escalier de pierre en spirale. Les disciplines qui m’intéressaient se situaient au premier étage.

La salle s’étendait sur une centaine de mètres. De larges fenêtres pourvues de persiennes diffusaient une faible lumière propice au calme. Le silence, que seules quelques pages tournées venaient troubler, planait au-dessus des tables.

Par où commencer ? Déambulant à travers les rangées qui pourraient peut-être me livrer des réponses, je fis l’inventaire de mes interrogations.

Comprendre l’origine de la magie, celle des Yfels pour la combattre, ou celle des Fyrstan et Anggelones pour l’utiliser, pourrait m’aider dans la victoire contre les Forces de Wis. Je fonçai donc au rayon « Parapsychologie et Paranormal » et raflai une dizaine d’œuvres aux titres prometteurs.

Sur Terre, je m’inquiétais des dangers fomentés par des acteurs beaucoup moins nets que les Yfels mais potentiellement tout aussi mortels. Le matin même, j’avais encore lu un article m’apprenant comment l’achat de mon paquet de farine la veille avait contribué à l’extinction des abeilles. Avec un réalisme saisissant, l’auteur décrivait un futur où tous les insectes pollinisateurs auraient disparu et où il n’y aurait plus rien à manger. Fin de l’humanité. Quelques clics plus tard, c’était l’exploitation de mineurs africains qui avait empli mon écran : j’avais découvert avec effarement les conditions de travail des enfants qui extrayaient le cobalt de mon portable, et des images de Communs torturés, transformés en Yfels, puis de terroristes avaient jailli dans mon esprit. Je prenais peur des conséquences des actions des êtres humains sur leurs semblables, et me demandais comment les éviter. Je me dirigeai vers la section « Ethnologie », et sélectionnai les ouvrages concernant les peuples s’approchant le mieux des pacifiques Fyrstan et Anggelones.

Je contemplai l’amoncellement de livres sur les trois tables, accolées sous les regards noirs alentour : bon début. Par bonheur, il n’y avait pas grand monde le matin en semaine ; j’étalai les bouquins sans état d’âme. Je n’aurais jamais tout parcouru le soir venu. Qu’importe, je pourrais revenir les jours suivants, les quelques heures de cours de danse que je dispensais me laissant beaucoup de temps libre. Je plongeai le nez dans mes lectures avec fébrilité.

— Les études te manquent ?

Je levai le nez de mon énorme bouquin. Lucas affichait un large sourire non dénué d’étonnement.

— Je n’ai jamais tourné le dos au savoir, rectifiai-je. Plutôt à une certaine manière de se l’approprier. Ce n’est pas au sein du système qu’on va trouver les éléments pour le changer !

— C’est ce que tu cherches ?

Je l’invitai à s’asseoir en tirant la chaise à côté de moi.

— Qu’est-ce que je sais des Yfels ? chuchotai-je. Qu’ils deviennent des créatures violentes après avoir été torturés. Et ici, comment les Hommes en viennent à s’infliger des peines en tout genre ?
— Après avoir subi certaines formes de torture ? tenta Lucas.
— Quelque chose dans ce genre-là.
— C’est quoi le rapport avec le paranormal ? demanda mon ami en agitant un livre intitulé Dons psychiques et parapsychiques.
— Je t’ai déjà parlé des Anggelones ? Eh bien, s’ils sont les descendants directs des ancêtres de tous les habitants de Gaa-Awya, on peut supposer qu’ils peuvent avoir pour homologues sur Terre les descendants directs de nos aïeux.
— Ah tiens donc ! Et ce serait qui ça ?
— Les tribus qui, selon les anthropologues, se rapprocheraient le plus des hommes du paléolithique.
— D’où cet autre tas de bouquins, comprit Lucas en désignant les ouvrages ethnologiques.
— Et comme les Anggelones sont réputés non-violents comme leurs aïeuls, on peut imaginer que nos ancêtres l’étaient aussi, tout comme certaines tribus terriennes actuelles. Tu me suis ?

Lucas hocha la tête.

— D’où tes recherches sur Les chasseurs-cueilleurs d’hier et d’aujourd’hui, comprit-il en pointant un des livres.
— Maintenant, supposons que Gaa-Awya et la Terre n’étaient, à une époque, qu’une seule et même planète, et que nous ayons tous les mêmes ancêtres.
— Nous serions donc nous aussi des descendants de ces Hommes aux pouvoirs magiques ?
— Et pacifiques. D’où une multitude de questions et d’angles de recherches. À quelle époque les Fyrstan, les Communs et les Yfels se seraient éloignés des Anggelones ? Dans quelles circonstances ? Est-ce que ce serait contemporain de la séparation entre Gaa-Awya et la Terre ? Quelle aurait été l’origine de la différenciation de ces deux dimensions ? Avons-nous conservé sur Terre le potentiel pour user de dons parapsychologiques ? Une société humaine non-violente est-elle envisageable ici ?
— Respire ! m’arrêta Lucas.
— Shhhhhh ! s’énerva un lecteur de l’autre côté de l’allée centrale.
— À vrai dire, lâcha Lucas d’un air contrarié, je passais juste prendre un livre dans le speed...
— Oh, désolée !
— Non, c’est plutôt moi qui suis désolé de t’abandonner à...

Il montra d’un geste tout le bazar que j’avais semé sur les tables.

— … ce chantier, conclut-il.
— T’inquiète !
— Bonne lecture alors ! Et surtout bon courage !
— Merci. Bye !

Je replongeai mon nez dans la pile d’ouvrages.


Tard dans la soirée, une soudaine panique me saisit. Comme un filet jeté sans prévenir. Une attaque venue d’un autre monde.

Les Yfels.

Je relevai la tête de mes notes : la bibliothèque, plongée dans le noir que quelques lampes de bureau venaient percer, était déserte. J’étais la seule à profiter de la nocturne. La bibliothécaire me mettrait bientôt à la porte. Je ne pouvais guère me permettre un petit somme ici. J’empilai rapidement les livres sur le chariot prévu à cet effet et me précipitai dehors. La menace s’intensifiait à vive allure. Pas le temps de rentrer chez moi. Je me ruai vers la plage et m’allongeai dans le sable encore tiède.

***


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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Jeu 16 Mar - 13:14

Bonjour Cécile,
Je suis toujours captivé par cette histoire, je prends mon temps à la lecture,  c'est que j'ai un bouquin également captivant, en cours.
J'ai donc lu le chapitre 7 avec plaisir, le monde de Gaa-Awya s'élargit en d'autres contrées et leurs habitants.
Dans le monde actuel l'héroïne cherche quels avantages elle pourrait avoir de passer d'un monde à l'autre.  Pourra-t'elle faire passer des personnages d'un monde à l'autre ?
J'aime bien l'idée qu'il y ait une base commune à ces mondes différents.  Je n'ai pas grand chose de constructif à dire,  si ce n'est que le récit m'interresse. Oui,  j'apprécie aussi les différentes typographie pour les différents mondes.
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Jeu 16 Mar - 13:21

Merci @Fried pour ta lecture !
Tu lis quoi en ce moment ?
Tu me dis apprécier, c'est un avis très constructif pour moi ! joie
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Jeu 16 Mar - 14:34

Chapitre 12 : Attaque
« Le pouvoir s’éveillera
Dans les affres des bois »
Prophéties pour une Feohtaria, XII


Ar-Anrel dormait toujours à mes côtés. Je le secouai, me levai.
Les pépiements d’oiseaux ne présageaient encore d’aucun danger à venir.

D’un coup, le ciel s’obscurcit de nuages orageux et le silence s’abattit à des lieues à la ronde. Les Forces de Wis. Manipulant la nature pour distiller la terreur à distance. Une seconde vague de frayeur secoua mon corps et mon esprit de tremblements.

Je me repris vite. Je n’avais pas combattu avec mon mentor depuis onze ans, mais mes membres se rappelèrent vite les techniques autrefois inculquées par Ar-Anrel. D’un seul mouvement, nous nous mîmes dos à dos et tirâmes nos armes de leurs fourreaux.

Je me sentis soudain plus forte, galvanisée par l’approche des créatures de Wis. Comme si ma vigueur s’intensifiait en proportion du nombre d’ennemis à abattre. Et elle augmentait. Encore, et encore.

— Ils arrivent, annonçai-je. En multitude. Trop nombreux pour nous deux. On n’a jamais eu à faire face à un tel déploiement d’Yfels.
— Tu as déjà oublié ta dernière bataille ?

Ma cicatrice me lança dans le dos.

— Non, grimaçai-je. Mais je parlais d’une lutte à deux contre cent, et sans frôler la mort. Je crois qu’il est temps que tu me révèles comment tu nous as sauvés là-bas.
— C’est sans importance. J’ai utilisé une magie à laquelle je ne peux plus recourir.
— Tu en es certain ? Parce que ça pourrait bien nous être utile, là !
— Dhun Mer-Nor, le chef des Forces de Wis, t’avait envoyé toute une légion : j’ai dû employer les grands moyens. Je ne pressens qu’une poignée d’Yfels ici, et tu es une Feohtaria aujourd’hui.
— Une poignée... Ton humour n’a pas changé, c’est rassurant.

Une dizaine d’Yfels venant du ciel nous encercla. Puis une seconde vague. Un Derk les avait sans aucun doute amenés à la cime des arbres. L’ombre qu’il projetait devait se confondre avec celle de l’orage qui grondait. Je n’avais pas prévu la présence d’un Serpent Volant, mais cela importait peu ; sa masse imposante ne lui permettait pas de pénétrer dans le bois.

Soudain, les arbres s’embrasèrent de toutes parts. Je sursautai, enfonçant le cou dans mes épaules. J’avais pensé trop vite. Le monstre nous bombardait de crachats flambants comme d’Yfels, sans se soucier des pertes infligées parmi ses alliés. Ses attaques, privées de visuel au-dessus de la canopée, manquaient heureusement de précision. Mais les boules de feu, lancées toutes les dizaines de secondes avec une régularité mécanique, psalmodiaient le compte à rebours de l’enfer à venir. Même si elles ne dépassaient pas une coudée de diamètre, elles auraient tôt fait d’allumer la forêt en cette fin d’été. Le brasier s’avérerait un ennemi bien plus redoutable que les créatures de Wis.

Nous devions vite nous extraire de cette fournaise avant qu’elle ne se referme sur nous. Pour y parvenir, nous aurions tout un bataillon d’Yfels à combattre, et encore faudrait-il y parvenir en un minimum de temps.

Mon Bast tournoya parmi les assaillants, tandis qu’Ar-Anrel massacrait ses adversaires de son épée. Par des coups précis, profonds, décisifs, je visai les chakras, seuls points faibles de ces monstres. D’une main puis de l’autre, j’enfonçai mon glaive dans un coccyx, mon Bast dans un sacrum ; je me retournai pour pourfendre un plexus solaire puis un cœur. Au moment où je tranchais une gorge, un Yfel m’empoigna par la taille : j’eus juste le temps de faire pivoter mon épée pour l’abattre sur le dessus de sa tête.
J’aperçus des regards s’emplir d’humanité avant de s’évanouir. Alors qu’une enveloppe physique se disloquait, une âme s’apaisait. Libérée de l’entre-deux, elle pouvait enfin rejoindre Gaa-Awya. Chaque fois que je tuais un Yfel, j’en devenais plus forte, nourrie par la Terre-Mère qui me remerciait de lui avoir rendu un enfant.

Pour la première fois, mes mouvements et ma vision s’avérèrent plus vifs que ceux de mon ancien instructeur. Une sensation d’indépendance que je n’avais jamais éprouvée à ses côtés me grisa. Galvanisée par cette joute, j’en oubliai l’urgente nécessité de me dégager des flammes.

Elles se rappelèrent vite à moi. Le Derk, ne pouvant me localiser avec précision, lâchait ses missiles dans le périmètre où il sentait la Force. Par chance, les premiers étaient tombés assez loin. Une balle incandescente passa tout près de moi, roussissant mes cheveux. Une seconde, évitée de justesse, embrasa un arbre sec qui se transforma en torche. Au milieu des hurlements d’Yfels embrasés, je plongeai en roulé-boulé à travers une rangée d’ennemis.

L’air devint tellement irrespirable que je n’eus plus le choix : il fallait échapper à l’incendie coûte que coûte. Ar-Anrel ne s’en préoccupait pas. Même si sa vie encourait autant de danger que la mienne, mon mentor, insensible à la fumée, n’y prenait pas garde.

Nous nous retrouvâmes chacun encerclé d’Yfels, une dizaine d’entre eux nous séparant. La chaleur devenait insupportable. Je lui criai de me suivre, mais à travers le rideau de feu Ar-Anrel n’entendit pas mes appels, couverts par les entrechoquements des lames, les cris des morts-vivants et le crépitement de la fournaise.

Je rangeai mon épée dans son fourreau et empoignai mon Bast à deux mains. Je fonçai dans la masse, décapitai un Yfel, repoussai un nouvel attaquant d’un high-kick. Puis je me faufilai à travers mes agresseurs, moins soucieuse de les exterminer que de leur échapper. Je m’accroupis, fauchai un Yfel d’un coup de pied circulaire, me relevai juste à temps pour lancer mon poing dans la mâchoire d’un quatrième qui avançait ses mains pour m’étrangler. Je me baissai de nouveau, évitant à temps une boule ardente qui termina sa course sur l’un de mes assaillants. Puis je me jetai entre les jambes du suivant, neutralisai encore deux autres ennemis d’uppercuts, avant de sauter par-dessus les adversaires restants entre Ar-Anrel et moi, pour transpercer l’Yfel qui s’apprêtait à planter une dague dans le flanc de mon ancien tuteur.

Je lui montrai les flammes, ma gorge et la lisière du bois. Il me talonna aussitôt, fonçant dans le tas sans se soucier des blessures que ses semblables lui infligeaient. Sans tarder, les lames et les coups cessèrent de pleuvoir. Nous avions réussi à nous départir assez vite de la mêlée ! Nous filâmes jusqu’à l’orée de la forêt, sans nous retourner, et commençâmes de grimper sur la colline.

Nous avions distancé les Yfels, moins vifs que nous sur les surfaces boisées. Mais maintenant que j’étais à découvert, le Derk ne me raterait plus.

Ses battements d’ailes se rapprochaient à une vitesse vertigineuse. Mon seul salut : échapper à sa vision paralysante et courir.

Attiré par mon essence magique, il fonça aussitôt sur la colline. Je tirai mon Bast de son fourreau. Mais la bête ne fondit pas sur moi. Elle cracha une énorme sphère rougeoyante, dix fois plus large que celles dont elle avait bombardé la forêt. Comme si elle avait concentré toutes ses ressources restantes maintenant qu’elle était certaine de ne pas me manquer.

La chaleur lécha mon visage. Ma main se dressa pour la parer. Alors, sans que je comprenne comment, ma paume dégagea une vague d’énergie qui arrêta le projectile et l’envoya en sens inverse sur les derniers Yfels sortant du bois. Ils s’évanouirent dans les flammes.

Je perdis mon souffle. Quoi ? C’était moi qui avais fait ça ! Mais comment ?

L’ignoble hurlement du Serpent Volant stria l’air. Le Derk possédait-il encore des réserves ? Je rangeai mon Bast, repris ma course ; il me suivit, rechargeant sa gueule d’un projectile mortel. La durée inhabituelle du processus ne pouvait qu’en annoncer un volume exceptionnel.

Le globe de feu déchira l’air. Je me retournai : il était encore trois fois plus large que le précédent. Son ultime offensive.

Je levai les deux mains : retour à l’envoyeur. La boule embrasa le monstre en plein ventre. Ses cris me percèrent les tympans. Drapé d’une gigantesque fournaise, il s’écroula à quelques pas de nous dans un tonnerre fracassant. Je courus lui planter mon Bast entre les yeux ; il se disloqua dans l’invisible.

Les jambes cotonneuses de ce que je venais d’accomplir, je vis l’incendie dans le bois se propager à une allure vertigineuse. Et je craignis pour mon clan.

Gaa-Awya entendit mes inquiétudes. Des cumulonimbus évincèrent les nuages noirs de Dhun Mer-Nor, apportant la promesse de pluies torrentielles salvatrices.

Je tombai à genoux, vidée et effarée.

***


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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Jeu 16 Mar - 18:26

hello Cécile, je sais pas si je vais lire le 8 ce soir, je lis "les temps sauvage" de Ian Manook un polard, c'est super, cela se passe en Mongolie à Oulan Bator.
un inspecteur enquete sur un homicide, on a trouvé un os humain dans la campagne.
Voici un extrait:

l'inspecteur yeruldelgger:
"- on sait comment il est arrivé là ?
- Bien sûr : s'il est tombé par terre c'est la faute à Voltaire ! dit le professeur dans un bon français.
Yeruldelgger se tourna vers lui et le professeur se mépris sur la surprise qu'il lut dans son regard.
- C'est du français et Voltaire est un...
-Je sais qui est Voltaire ! coupa Yeruldegger, et je sais qui a dit ça !
- qui a dit ça ? demanda l'homme, incrédule.
-Victor Hugo dans les misérables. Gavroche.
-Ah je n'y crois pas ! Un flic, un policier, un pandore qui connait Voltaire et Hugo ! Le ciel soit loué, le monde n'est donc pas encore tout à fait pourri !
....
-c'est qui ce Voltaire ?
-c'est le surnom que j'ai donné au Gypaète que j'étudie. Il y a Diderot qui niche loin là-bas, Montequieu dans la vallée derrière, D'Alembert du coté du lac, rousseau plus au nord. Beaumarchais a disparu l'an dernier, et ici, nous sommes sur le territoire de Voltaire.
Yeruldelgger resta sans voix."
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Jeu 16 Mar - 19:23

Very Happy
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Lun 8 Mai - 15:17

@Fried : j'ai relu, corrigé, redécoupé et édité tous mes chapitres. Dans la nouvelle découpe, tu en es donc au 9 désormais, posté ci-dessus. au plaisir Wink
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Fried
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Mar 9 Mai - 12:46

OK je reviens lire :-)
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Cécile
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Mar 9 Mai - 13:42

cheers cheers

de ton côté, tu poursuis les Jujus ?
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Luv
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Mer 17 Mai - 0:02

Bonsoir Cécile,

J'ai lu le chapitre 1.
Le texte est percutant, certaines phrases m'ont saisie par leur relief, leur soudaineté… cela me plait.
J'ai particulièrement aimé le rapport que l'héroïne entretient avec son arme et le rapport aux éléments. Le dialogue aussi, vers la fin, dans l'eau. Et la chute !


"Soudain, au sein de la brume, un visage se détacha. Son pouvoir d'Yfel me glaça. D'un tressaillement, je m'en libérai. Son emprise se referma de nouveau sur moi."
Une remarque en passant… Pour donner plus de ressort, je verrais bien un début de paragraphe avec "Son emprise se referma de nouveau sur moi."
Ou bien avec l'agencement que tu fais, un "mais " au sein d'une seule phrase m'apporterait plus de fluidité. ("… je m'en libérai mais son emprise se…")

L'histoire est intrigante, me donne envie de lire la suite. C'est une belle introduction et je ressens que tu as de l'endurance !

A bientôt avec plaisir ! Bonne suite de semaine !
Luv I love you
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Cécile
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Mer 17 Mai - 13:25

Bonjour Luv sunny

Merci pour ce commentaire qui me fait très plaisir. Embarassed

J'ai suivi ton conseil : j'ai fait un nouveau paragraphe. cheers

Hâte que tu découvres la suite bounce
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Luv
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Mer 17 Mai - 22:17

bounce Very Happy Chouette, à bientôt Cécile !

Luv
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Luv
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Dim 4 Juin - 12:53

Bonjour Cécile,
J'espère que tu vas bien !
Désolée de n'être pas venue lire avant…
J'ai énormément aimé, je suis "rentrée dedans" avec grand plaisir. L'écriture est limpide, belle, les dialogues superbes. ( "la gorgone" formidable !)
Le passage ente les trois mondes et la fantasmagorie que cela entraîne m'attire, j'ai envie de connaître la suite !
Merci de ce moment ! joie
Luv

(Deux fois "même " qui se suivent au tout début. Peut-être pas idéal Smile )
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Cécile
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    Dim 4 Juin - 23:42

Bonsoir Luv
ça va bien merci, et toi ?
Merci pour ta lecture !
Hâte d'avoir ton avis sur la suite bounce
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MessageSujet: Re: Les Barrières des Mondes, tome 1 Parallèles    

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